Publié le jeudi 08 octobre 2026 dans la rubrique Bordeaux
À Bordeaux, les femmes sans-abri apprennent à disparaître pour survivre
Une stratégie de survie nocturne
À Bordeaux, dans le tramway, la nuit, certaines femmes sans-abri cherchent refuge. Voyager dans les transports en commun se transforme en une stratégie de survie. Ces trajets répétitifs leur permettent de rester en mouvement jusqu'à l'aube, profitant de la présence d'autres passagers et de la vigilance du conducteur. Pour elles, il vaut mieux passer la nuit dans le tram que de s'allonger dans une rue désertée.
Un habitat varié
D'autres femmes choisissent des lieux plus éclairés et surveillés, comme des parkings ou des gares. Certaines trouvent refuge dans des bibliothèques ou des halls d’équipements publics. D’autres encore passent quelques nuits chez des amis, avant de devoir repartir. Ce changement constant de lieu et de rythme fait partie de leur quotidien, qui évolue au fil des jours.
Une étude révélatrice
Une étude menée par l’agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine en 2026 met en lumière cette réalité. À partir de 37 questionnaires et de cinq entretiens approfondis, elle souligne les besoins spécifiques des femmes sans-abri à Bordeaux. Parmi les femmes interrogées, près de la moitié sont âgées de 30 à 44 ans, certaines sont jeunes, d'autres dépassent les 60 ans. La majorité, soit 26, sont françaises, tandis que 8 viennent de pays hors de l’Union européenne et 3 d’un pays de l’Union. Treize d’entre elles ont des enfants, mais aucune ne vit avec eux actuellement.
Des chiffres alarmants
En 2025, le SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation) a reçu plus de 7300 demandes d’hébergement de femmes isolées, représentant 15,6 % des demandes totales. Les Nuits de la solidarité montrent une forte fluctuation dans le recensement des femmes sans-abri : 18,5 % en 2022, 30 % en 2023, puis 10 % en 2024 et 8 % en 2025. Ces chiffres laissent supposer une invisibilité croissante plutôt qu'une diminution de leur présence dans la rue.
Une invisibilité inquiétante
Le rapport sur la dernière Nuit de la solidarité révèle un phénomène d'invisibilité chez ces femmes. Le risque accru de violence durant la nuit les pousse à adopter diverses stratégies pour dormir ou se protéger. Parmi celles-ci, on trouve le fait de ne jamais être complètement seule, de rester en mouvement ou de disparaître de la vue des autres. Certaines préfèrent les lieux fréquentés, tandis que d'autres choisissent de s'effacer la nuit, cherchant à dormir en toute discrétion.
Une errance nocturne
Ces choix de vie expliquent en partie pourquoi les dispositifs de comptage peuvent sous-estimer leur présence. Les femmes sans-abri vivent ainsi une "errance nocturne volontaire", se déplaçant sans cesse pour éviter d'être repérées. Une femme témoigne de son quotidien : "Depuis un an, je suis tout le temps dans la rue. Je change tout le temps de lieu. Cette nuit, je fais le tour jusqu’à la dernière heure, au tram Benauge, jusqu’à ce que le prochain tram arrive." Ce récit illustre bien la réalité difficile qu'elles traversent.


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