Publié le lundi 15 juin 2026 dans la rubrique Bordeaux
« Blackground, Murmures des Mornes » : un parcours d’expositions pour remonter les mémoires esclavagistes enfouies à Bordeaux
Un projet d'exposition ambitieux à Bordeaux
Bordeaux, en Nouvelle-Aquitaine, accueille actuellement un parcours d'expositions intitulé « Blackground, Murmures des Mornes ». Ce projet s'étend sur plusieurs lieux emblématiques de la ville, notamment le Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, le CAPC musée d’art contemporain, le Musée d’Aquitaine, la Bibliothèque Mériadeck, et prochainement à Zebra3 et aux Archives de Bordeaux Métropole. L'objectif principal de cette initiative est de mettre en lumière les mémoires esclavagistes souvent ignorées et d'interroger les répercussions contemporaines de l'esclavage.
Une œuvre choc au Frac MÉCA
Dès l'arrivée au Grand Verre du Frac, les visiteurs sont confrontés à une installation au sol qui évoque un motif troublant. Binta Diaw, une artiste italo-sénégalaise, présente son œuvre « Chorus of soil » (2020), qui rappelle le plan d'un navire négrier. Cette image, bien connue des archives liées à la traite atlantique, agit comme un puissant rappel de la violence systémique de l'esclavage. L'artiste dénonce également les pratiques modernes de caporalato, un système d'exploitation de travailleurs migrants dans le sud de l'Italie.
Réflexions sur l'héritage de l'esclavage
Salma Mochtari, commissaire de l'exposition, souligne que ce projet ne se limite pas à un simple travail de mémoire. Il s'agit aussi d'une réflexion sur les conséquences persistantes de l'esclavage et des violences qui perdurent à notre époque. Les commissaires, Salma Mochtari et Cédric Fauq, s'efforcent de répondre à des questions cruciales : comment exposer l'héritage de l'esclavage et du colonialisme ? Quels moyens mettre en œuvre pour rendre visible une histoire dont les traces sont omniprésentes, mais souvent négligées ?
Des œuvres puissantes à découvrir
Au-delà de l'œuvre de Diaw, d'autres installations capturent également l'attention. Dans son film « Limbé » (2021), Mathieu Kleyebe Abonnenc met en scène la danseuse et chorégraphe Betty Tchomanga. Ce dernier explore des mouvements inspirés du limbo, une danse qui évoque la mémoire de la traite atlantique et les stratégies de survie des personnes dans les cales des navires négriers. Ces créations artistiques témoignent de la diversité des approches pour aborder ce sujet complexe.
Une démarche collective et interdisciplinaire
Le projet « Blackground, Murmures des Mornes » s'inscrit dans une démarche collective, rassemblant plusieurs institutions culturelles de Bordeaux. Cette initiative permet une exploration interdisciplinaire de l'héritage esclavagiste, engageant les visiteurs dans un dialogue sur des questions historiques et contemporaines. Les différents espaces d'exposition offrent ainsi une plateforme pour une réflexion critique sur le passé et ses répercussions sur la société actuelle.
Un écho aux luttes contemporaines
Les œuvres présentées ne se contentent pas de rappeler l'histoire ; elles établissent également un lien avec les luttes actuelles contre l'exploitation et les inégalités. En dénonçant le système du caporalato et en mettant en avant les récits de ceux qui ont été touchés par l'esclavage, l'exposition engage le public à réfléchir sur les injustices persistantes. Ce parcours artistique devient alors un espace de mémoire, de résistance et d'espoir pour un avenir meilleur.

