Publié le mardi 09 juin 2026 dans la rubrique Bordeaux
Des milliers de personnes rendent hommage à Lyhanna à Bordeaux
Bordeaux (Gironde). Mardi 8 juin, plus de 3 000 personnes se sont massées sur le Parvis des Droits de l’Homme, face au tribunal judiciaire, pour un hommage à Lyhanna. Cette collégienne de 11 ans, retrouvée sans vie après plusieurs jours de recherches, est devenue le symbole d’une colère qui couvait.
« Encore combien de victimes ? »
Des pancartes brandies, une foule compacte, majoritairement féminine. Derrière les slogans « Protégez nos enfants ! » et « Encore combien de victimes ? », les participantes ont exprimé leur émotion, mais surtout leur rage. À l’appel du Collectif Enfantiste et de Mouv’enfant, elles sont venues dénoncer le silence qui entoure « tous les enfants qui n’ont pas été crus, entendus, protégés ».
Leur colère vise un triple ennemi : « la Justice, la Police et l’Etat », scande le Collectif Enfantiste. Un sentiment renforcé par le profil du suspect, Jérôme Barella, soupçonné de l’enlèvement de la jeune fille. L’homme avait déjà fait l’objet de trois procédures pour viols ou agressions sexuelles ces dernières années.
Un système qui « méprise l’enfance »
Les chiffres donnent le vertige. Selon la Ciivise, 160 000 enfants subissent chaque année des violences sexuelles. Le Planning familial de Gironde rappelle une condamnation récente : l’État français a été épinglé le 24 avril 2025 par la Cour européenne des droits de l’homme pour des défaillances dans la protection de mineures ayant porté plainte pour viol.
« La protection des enfants est un échec collectif », assène le collectif. Et d’aligner les statistiques : « 66 % des professionnelles ne signalent pas. En 2018, 73 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs étaient classées sans suite. La parole de l’enfant ne compte pas. »
Un constat glacial qui a poussé le ministre Gérald Darmanin à ordonner aux procureurs généraux de passer en revue les 70 000 plaintes en instruction, pour vérifier qu’aucune ne stagne dans les tiroirs.
Une minute de silence, puis une minute de colère
La foule a d’abord observé une minute de silence. Puis elle a laissé éclater sa rage. Pendant 60 secondes, les manifestants ont hué, crié, frappé dans leurs mains, levé le poing. « Quand un dysfonctionnement n’est plus exceptionnel et devient la norme, on parle de système. Un système solide qui méprise l’enfance, hautement et dangereusement adultiste », accuse le collectif.
Face à cette mécanique, ils réclament une loi intégrale dédiée à la protection des femmes et des enfants. Parmi les 140 mesures proposées : une formation obligatoire et continue pour les professionnels de l’enfance et les soignants, un recrutement plus rigoureux, la suspension immédiate des agresseurs présumés, la création d’une spécialisation d’avocat des enfants, la formation des juges aux violences sexuelles sur mineurs, et l’imprescriptibilité des viols sur enfants.
« L’enfant n’est jamais un menteur ou une menteuse. Croire un enfant peut lui sauver la vie », insiste le collectif.
Une loi dormante, une présidente interpellée
Une proposition de loi de 79 articles sur la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants a bien été déposée fin 2025 par une centaine de députés. Elle n’a jamais été examinée. Face aux 150 rassemblements organisés en France et à l’émotion générale, Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a demandé au président de l’inscrire à l’ordre du jour de la session extraordinaire de juillet ou septembre.
« Lyhanna, c’était la fois de trop »
Le rassemblement a aussi libéré des paroles enfouies. Plusieurs victimes ont échangé, parfois pour la première fois. Marie, 48 ans, a longtemps hésité avant de venir. Placée à la DDAS à 5 ans, dans une famille d’accueil, elle raconte : « J’ai été violée à partir de mes 5 ans. » Sa mère et les membres de sa famille adoptive étaient au courant. « Ça me gâche encore la vie aujourd’hui », confie cette mère de deux jeunes filles.
Une histoire qu’elle a enfouie quarante ans durant. « Lyhanna, c’était la fois de trop. 2026, ça arrive encore, ça n’évolue pas ! » En discutant avec d’autres victimes, elle a trouvé la force : « Je pense qu’aujourd’hui j’ai la force pour aller porter plainte. Même si je le fais trop tard. » Un effet catalyseur pour cette femme et pour d’autres, enfin reconnues dans leur douleur, sur le parvis des Droits de l’Homme.


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