Publié le mardi 18 août 2026 dans la rubrique Bordeaux
Mort d’Yvette Roudy, grande figure féministe issue de Gironde
Yvette Roudy s'est éteinte le mardi 18 août à l'âge de 97 ans dans une résidence médicalisée à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales. Figure emblématique du féminisme, elle a marqué son époque par son engagement pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Originaire de Pessac, en Gironde, son parcours atypique témoigne d'une lutte acharnée contre les inégalités de genre.
Une enfance difficile
Née le 10 avril 1929, Yvette Roudy grandit dans un environnement modeste. Son père, Joseph Saldou, ouvrier métallurgiste, revient invalide de la Première Guerre mondiale et travaille pour la ville de Pessac. À l'âge de 12 ans, elle perd sa mère, Jeanne, qui était concierge. Après avoir obtenu son certificat d'études, elle souhaite poursuivre ses études, mais son père s'y oppose fermement, la considérant inappropriée pour leur milieu. Dans une interview accordée à Sud Ouest en 2018, elle décrit une enfance marquée par la révolte contre ce patriarcat familial.
Un parcours engagé
En 1948, Yvette rencontre Pierre Roudy, qu'elle épouse en 1951. Le couple s'installe à Glasgow pendant trois ans, avant de revenir à Bordeaux. Là, elle réussit à passer son baccalauréat et un diplôme d'anglais avant de s'établir à Paris. C'est dans cette ville qu'elle se rapproche du milieu intellectuel et féministe, notamment grâce à la rencontre avec Colette Audry, qui lui propose de traduire le livre fondateur de Betty Friedan, "The Feminine Mystique".
Un engagement au service des droits des femmes
Yvette Roudy s'engage activement dans le Mouvement démocratique féminin dès 1964. Elle fonde également le journal "La femme du XXe siècle" et publie "La femme en marge" en 1975, préfacé par François Mitterrand. Son engagement pour le droit à l'avortement se concrétise lorsqu'elle signe en 1971 le "Manifeste des 343 salopes". En tant que candidate aux législatives de 1965 et 1967, elle défend avec passion les droits des femmes.
Un parcours politique remarquable
Yvette Roudy est élue députée européenne pour le Parti socialiste de 1979 à 1981. À la suite de la victoire socialiste à la présidentielle, elle devient ministre déléguée aux Droits de la femme. Elle se fixe pour objectif de faire disparaître son ministère, en déclarant qu'il doit travailler à sa propre extinction. Sous sa direction, des avancées majeures voient le jour, comme le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale et l'instauration du 8 mars comme journée des droits des femmes.
Un héritage durable
Roudy est également connue pour la loi de 1983 sur l'égalité professionnelle, qui interdit la discrimination à l'embauche, à la promotion ou à la formation en raison du sexe. Cependant, elle déplorera que les inégalités persistent, faute d'application réelle des lois. Elle a continué de s'impliquer dans la sphère politique, devenant maire de Lisieux (Calvados) de 1989 à 2001, tout en plaidant pour la parité en politique.
Une voix toujours entendue
En 2018, Yvette Roudy salue le mouvement #MeToo, le qualifiant d'événement fondamental du XXIe siècle. Elle y voit un tremblement du patriarcat et une avancée politique pour les droits des femmes. Sa présence en Gironde reste marquante, notamment lors de l'inauguration de locaux pour l'APAFED en 1985 et de la Maison de Simone à Pessac en 2013, où elle a remis un chèque à l'association accueillant des femmes victimes de violences conjugales.


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