Publié le mardi 02 juin 2026 dans la rubrique Grenoble
Des offres d'emploi de dealers apparaissent dans les rues de Grenoble, ciblant les jeunes
À Grenoble (Isère), les murs du centre-ville affichent désormais des offres d’emploi. Mais il ne s’agit pas de jobs saisonniers ou de services à la personne : ce sont les réseaux de trafic de stupéfiants qui recrutent, en toute transparence, vendeurs et guetteurs.
Des offres d'emploi en pleine rue
Un personnage de Monopoly souriant, des chiffres bien visibles : 300 euros par jour pour un vendeur, 150 euros pour un guetteur. Les horaires de travail sont également précisés. Depuis une quinzaine de jours, les habitants du quartier découvrent ces fresques provocatrices, placardées en plein cœur de la ville. Le lieu est connu des services de police comme l’un des principaux points de deal grenoblois. Sur les mêmes murs, les prix des stupéfiants sont aussi listés, comme dans un catalogue.
Des habitants entre indignation et stupeur
Un riverain confie son abattement : « Je suis abasourdi de voir un truc comme ça en pleine ville. » Un autre compare cette communication à celle d’une entreprise classique : « C’est une campagne de recrutement, comme des entreprises peuvent le faire. Il faut les considérer comme ça. » Une passante, elle, s’interroge sur le projet de vie proposé : « Ça mène à quoi ? À être tué un jour dans une rue fortuitement. » Une femme, choquée par l’affichage, ajoute : « On a l’impression d’être dans une supérette. »
La stupéfaction domine. Personne n’imaginait voir un tel étalage public de l’économie souterraine, en plein jour et à la vue de tous.
Un quartier marqué par la violence
Ce secteur n’est pas un lieu anodin. Il y a deux ans, un adolescent de 15 ans y a été tué par balle. En avril dernier, un homme de 27 ans a trouvé la mort après des tirs, au même endroit. Depuis le début de l’année, dix hommes ont été abattus à Grenoble et dans son agglomération, dans le cadre de guerres de territoire entre trafiquants. C’est déjà lourd que ces fresques sont apparues.
Alberto Randazzo, délégué Isère du syndicat Alliance Police nationale, y voit un palier de plus dans la banalisation du trafic : « On franchit un cap inquiétant dans la structuration, la banalisation du trafic de stupéfiants à Grenoble. Faire un affichage public, un appel d’offres pour des recrutements, montre bien que les réseaux cherchent à recruter parmi la population la plus jeune. »
L'argent facile comme argument
La communication mise sur l’argent immédiat, sans mentionner les risques. Les rémunérations affichées – jusqu’à 300 euros par jour – ciblent une jeunesse souvent en quête de revenus rapides. Les autorités s’alarment de cette normalisation d’un système criminel, désormais visible sur les murs de la ville.
Pour l’heure, aucune intervention publique n’a été annoncée. Mais le message des dealers est clair : le recrutement est ouvert, et les candidats potentiels passent chaque jour devant ces panneaux. La stupeur des riverains ne suffira pas à effacer les fresques. Reste à voir si les forces de l’ordre, et la justice, y répondront avec la même détermination que celle affichée par les trafiquants.

