Publié le vendredi 19 juin 2026 dans la rubrique Haut de France
À la découverte des Hortillonnages d'Amiens : un trésor naturel
Situés au cœur d'Amiens, dans la Somme, les hortillonnages dévoilent un paysage unique : 65 kilomètres de canaux sillonnent 2 000 petits jardins posés sur l'eau. Ce puzzle de verdure, façonné par l'homme dès le Moyen Âge, attire chaque année des curieux en quête de quiétude.
Un héritage médiéval préservé
Personne n'habite sur ces parcelles. Les terrains sont inconstructibles. On y trouve seulement de petites cabanes, sans eau courante ni électricité. Chaque propriétaire aménage son coin à sa guise. Certaines cabanes évoquent un décor de cinéma, avec des oies sauvages déambulant librement. Pour entretenir les lieux, des ânes sont employés.
Au XIXe siècle, tous ces terrains appartenaient à des maraîchers professionnels, les hortillons. Ils étaient plus de 1 000. À eux seuls, ils nourrissaient Amiens. Aujourd'hui, ils ne restent qu'une dizaine.
Des maraîchers perpétuent la tradition
Parmi eux, Francesca et Didier se sont installés il y a deux ans. Leur parcelle n'avait pas été cultivée depuis dix ans. "Tout repartait en friche", explique Didier Vautour. "Tout pousse vite, il faut être réactif."
Courgettes, salades, betteraves : tout est bio. La terre des marais s'y prête. "La tourbe en profondeur apporte de la richesse. On ramène de la vase, qui contient les oligo-éléments du fleuve, et on travaille le terrain", détaille Francesca Courtin. Leurs légumes partent chez des restaurateurs et dans un mini-marché sur les rives. Pour y accéder, une barque est nécessaire.
Paco, jardinier, confie son attachement au lieu : "Tous les soirs, j'ai du mal à partir. Tous les matins, j'ai hâte d'arriver. Vous mettez le pied dans le bateau et vous déconnectez. Pendant que vous restez dans le marais, les problèmes n'existent plus." Il y passe les deux tiers de sa vie.
Une biodiversité remarquable
Les canaux principaux accueillent 120 000 visiteurs chaque année. Mais pour découvrir les secrets des marais, mieux vaut choisir une visite privée dans les zones sauvages. Julien, arrière-petit-fils d'hortillonneur, propose cette expérience. On peut y observer plus d'une centaine d'espèces d'oiseaux : foulques macroules, grèbes huppés, et bien d'autres.
Jules, naturaliste, connaît presque tout le monde dans les méandres de la Somme. Chacun cultive son petit jardin secret.
Nuits suspendues sur l'eau
Le soir venu, la barque de Julien Henry, batelier des marais, s'amarre sur un îlot de fraîcheur. C'est l'un des rares endroits où dormir dans les hortillonnages. Huit petites cabanes historiques s'y trouvent. "La plus ancienne a plus de 100 ans. Une légende raconte qu'un soldat anglais s'y serait réfugié pendant la Seconde Guerre mondiale", indique Laure Henry, propriétaire des lieux. À l'intérieur, la vue porte sur l'eau et les jardins. Un ressourcement garanti, héritage de ceux qui ont cultivé ces lieux durant des siècles.


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