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Publié le lundi 15 juin 2026 dans la rubrique Haut de France

Lille : Mobilisation pour le don d'organes et sensibilisation des proches

Lille s'engage pour le don d'organes avec des actions de sensibilisation. Parler de sa volonté peut sauver des vies. Découvrez les initiatives locales.

Ce 22 juin, Lille s'inscrit dans la Journée nationale de réflexion sur le don d'organes et la greffe. La Ville, qui a signé la charte des villes ambassadrices en juin 2025, en profite pour rappeler un message simple : parler de sa volonté à ses proches peut sauver des vies. Dans le Nord, l'enjeu est de taille.

Lille, ambassadrice d'une cause vitale

La capitale des Flandres fait désormais partie des mille collectivités françaises engagées dans la promotion du don d'organes. Aux côtés de 150 hôpitaux, de pharmacies et d'une centaine d'entreprises, la Ville a signé la charte "ville ambassadrice du don d'organes" en juin 2025. Concrètement, elle s'engage à diffuser l'information au plus près des habitants. Les commissions santé et les pôles ressources santé des quartiers ont déjà commencé le travail de sensibilisation. Une plaque a même été installée sur la Maison des Solidarités pour inciter les citoyens à lancer la conversation avec leurs proches.

Le CHU de Lille, premier centre préleveur de France

Une cinquantaine d'interventions par an. Le CHU de Lille occupe la première place nationale en matière de prélèvement d'organes. Le docteur Strecker, anesthésiste-réanimateur, coordonne cette activité 24 heures sur 24, 365 jours par an. Le prélèvement n'est possible que sur un patient en état de mort encéphalique : le cerveau a cessé de fonctionner mais les organes restent viables 24 à 48 heures. Cette situation survient en milieu hospitalier, souvent après un accident vasculaire cérébral ou un décès brutal. C'est dans cette fenêtre courte que les greffons peuvent être prélevés pour sauver des vies.

En 2025, 1590 donneurs ont permis des milliers de transplantations en France. Pourtant, chaque jour, entre deux et trois personnes décèdent faute d'avoir reçu une greffe à temps. Plus de 30 000 patients attendent aujourd'hui un organe, un tissu ou une transplantation.

Le taux de refus explose : un problème de dialogue

Le constat est alarmant. Au CHU de Lille, le taux de refus est passé de 29% en 2019 à 55% en 2024. La loi prévoit pourtant que toute personne est donneuse, sauf refus exprimé de son vivant. Un registre national existe, mais peu de gens l'utilisent. « La façon la plus courante de dire oui ou non, c'est d'en parler avec ses proches », observe le docteur Strecker. Or, une famille confrontée à une mort brutale préfère souvent dire non quand elle ignore la volonté du défunt. D'où le slogan porté par les acteurs locaux : « Entre proches, on se le dit. » L'essentiel n'est pas d'être pour ou contre le don, mais de faire connaître sa décision à sa famille.

Des idées reçues qui persistent

Éric Buleux-Osmann le sait bien. Il doit la vie à une greffe du foie réalisée en urgence absolue il y a dix ans. Aujourd'hui responsable de l'antenne régionale de Transhépate et coordinateur des villes ambassadrices dans les Hauts-de-France, il milite pour casser les préjugés. « Beaucoup d'idées reçues continuent de circuler, liées à l'âge ou à la religion », explique-t-il. Pourtant, les prélèvements sont réalisés par des équipes spécialisées, dans le même respect qu'une intervention chirurgicale classique. L'âge n'est pas un obstacle : la plus ancienne donneuse avait 96 ans et a sauvé deux vies grâce à ses reins. Un problème cardiaque n'empêche pas de donner son foie. Quant aux religions, toutes se sont prononcées en faveur du geste qui sauve une vie.

80% des Français se disent favorables au don d'organes. Mais moins d'un sur deux a communiqué son accord à ses proches. « Nous ne sommes pas là pour convaincre de donner, mais bien d'exprimer sa volonté », insiste Éric Buleux-Osmann.

Une mobilisation associative pour libérer la parole

Dans la région, plusieurs associations unissent leurs forces : ADOT 59, Cardiogreffes Hauts-de-France, France Rein, La Grande Échelle, Diabète Recherche Greffe, Transhépate, ou encore Cap ou Pas Cap, créée par les parents de Capucine, une jeune fille dont le positionnement sur le don a sauvé sept vies. Toutes mènent des actions de sensibilisation et accompagnent les greffés et leurs familles. Le ruban vert, symbole national du don d'organes, identifie ces initiatives partout en France. Un message commun : parler aujourd'hui de sa décision peut permettre de sauver des vies demain. Anne Goffard, adjointe au maire déléguée à la santé, conseille à ce titre la lecture de "Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal, roman qui retrace le parcours d'une transplantation cardiaque et le cheminement d'une famille.


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