Publié le mardi 28 juillet 2026 dans la rubrique Lyon
Canicules : 1 300 martinets recueillis en un mois, un record pour le centre L'Hirondelle
À Saint-Forgeux, dans le Rhône, le centre de soins pour animaux sauvages L'Hirondelle tire la sonnette d’alarme. Alors que les canicules de la fin mai ont laissé place à des températures plus clémentes, les oiseaux et autres animaux continuent d’arriver en masse, épuisés et affamés.
Un afflux record de martinets
Depuis la première canicule fin mai, le centre a pris en charge près de 2 000 animaux : oiseaux, faons, marcassins, renardeaux. Mais les chiffres les plus frappants concernent le martinet noir. Anne Fourier, qui dirige L’Hirondelle depuis 28 ans, parle d’un record historique : « On est à peu près à 1 300 martinets, globalement. » En pleine canicule, jusqu’à 200 de ces petits oiseaux arrivaient chaque jour.
Dans les cages, des dizaines d’entre eux attendent d’être nourris. Betty, bénévole, montre le geste devenu quotidien : « Je prends le martinet, je lui crochète le bec avec l’ongle, je le bloque ouvert avec mon autre main, et ensuite je fais passer le grillon dans la bouche. »
L’état de ces oiseaux est effrayant. Sous le cou, l’os est visible. Plus de chair, plus de muscles. « Il est rachitique », décrit Betty. C’est comme si l’on voyait les côtes et le sternum d’un humain, explique-t-elle.
Des oiseaux qui sautent des toits pour survivre
Pourquoi ces oiseaux arrivent-ils dans un tel état ? Anne Fourier raconte : « Les petits ne mangeaient pas pendant plusieurs jours et ont décidé d’échapper à la fournaise et de se jeter du toit. » Le martinet niche sous les toits. Sous les tuiles surchauffées par le soleil, les oisillons suffoquent. Affamés, asphyxiés, ils sautent dans le vide. « Ça tombe même sur la tête des gens », précise-t-elle.
Des chutes massives ont été signalées à Lyon, Valence, Saint-Étienne, Firminy, Montélimar. Des passants les ramassent et les apportent au centre, qui couvre le Rhône, la Loire, la Drôme et l’Ardèche.
Un avertissement pour la biodiversité
La disparition des martinets n’est pas anecdotique. « Un martinet mange 20 000 insectes par jour, dont les fameux moustiques », rappelle Anne Fourier. « Un martinet en moins, c’est 20 000 insectes en plus par jour dans le ciel. » Ces oiseaux sont des régulateurs naturels. Leur effondrement laisse le champ libre aux moustiques et autres nuisibles. « Le martinet est clairement en train de s’effondrer », insiste-t-elle.
Et ce ne sont pas les seuls animaux en souffrance. Le centre accueille aussi des faons, des sangliers, des cerfs. Pour certains, les soins dureront plusieurs mois. « On va avoir une perte de biodiversité monumentale », alerte la directrice.
L’appel aux élus pour sauver les espèces
Anne Fourier ne mâche pas ses mots : « Il faudrait qu’on s’en préoccupe tout de suite. » Elle interpelle les élus locaux pour qu’ils protègent ces espèces, en priorité le martinet. Les canicules ne sont pas un phénomène ponctuel. Elles se répètent. Chaque épisode de chaleur extrême fragilise un peu plus ces populations.
Au centre L’Hirondelle, l’inquiétude grandit. Les équipes, déjà sous l’eau, attendent la prochaine canicule avec appréhension. Pour les oiseaux comme pour les bénévoles, l’été est loin d’être fini.


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