Publié le jeudi 06 août 2026 dans la rubrique Lyon
"Insuffisant et potentiellement illégal" : l'utilisation d'un nouveau PFAS dans la "vallée de la chimie" près de Lyon suscite la colère des habitants et d'associations environnementales
Oullins-Pierre-Bénite, dans le Rhône. Le 24 juillet, la préfecture a autorisé le géant japonais Daikin à produire un nouveau gaz fluoré de la famille des PFAS dans la vallée de la chimie. L'industriel avait déposé sa demande le 22 mai. Ce feu vert intervient dans un climat déjà lourd.
Une autorisation qui attise la colère
Le géant de la chimie, installé à Oullins-Pierre-Bénite, compte utiliser cette substance à partir de 2028 pour remplacer en partie les polymères fabriqués sur sa plateforme. Le timing irrite. Quelques mois plus tôt, trois associations et des particuliers ont attaqué l'État en justice pour faire reconnaître sa responsabilité dans le scandale des PFAS.
Côté habitants, le ton monte. Jean-Paul Massonat, membre de l'association Bien Vivre à Oullins-Pierre-Bénite, qualifie l'arrêté "d'agression et de régression". Lui et ses voisins espéraient une diminution de la pollution, pas une nouvelle production. Sa formule est sans appel : "Nous, c'est de suppression de PFAS dont on veut parler, pas faire des nouvelles unités de production."
Une étude de risque signée par l'industriel
Pour justifier son accord, la préfecture s'appuie sur une étude de risque sanitaire réalisée par Daikin lui-même. Verdict : "l'exploitant démontre que l'impact sanitaire est acceptable." Une démonstration qui ne convainc pas Emma Fééyeux, juriste de Notre Affaire à Tous.
Elle dénonce l'absence d'une étude d'impact indépendante. Selon elle, l'arrêté est insuffisant, voire illégal. Sans expertise neutre, impossible de vérifier les affirmations de l'industriel.
Le TFA, ce petit PFAS présent dans l'eau potable
Le gaz autorisé se décompose en TFA, le plus petit des PFAS. Cette molécule se retrouve dans 92 % de l'eau potable en France. Son classement comme toxique par les autorités européennes ne date pas d'hier : l'agence environnementale norvégienne l'a acté en 2017, puis l'Agence chimique européenne a suivi en 2021.
La juriste y voit une "double réalité" de la part de l'État. D'un côté, il soutient un projet de restriction universel de toute la famille des PFAS. De l'autre, il continue d'autoriser les industriels à utiliser ces molécules sur un territoire déjà contaminé.
Deux mois pour contester
La préfecture conserve la possibilité d'imposer des restrictions à Daikin si elle établit que ce gaz est dangereux. Mais ces garde-fous resteront lettre morte sans étude environnementale indépendante, estiment les associations.
Les opposants disposent de deux mois pour engager une action en justice. Bien Vivre à Oullins-Pierre-Bénite et Notre Affaire à Tous se réservent le droit de demander la suspension et l'annulation de l'arrêté. Le délai court depuis le 24 juillet.


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