Publication le 15 mai 2026 · Mis à jour le mardi 09 juin 2026 dans la rubrique Nantes
Quatre jeunes tués par balle à Nantes en deux mois, une série de fusillades liées au narcotrafic
Quatre morts en deux mois : Nantes sous le choc des fusillades liées au narcotrafic
En moins de deux mois, quatre jeunes ont été tués par balle dans l'agglomération nantaise. Une série noire qui frappe les quartiers de Port-Boyer, de La Bottière ou encore de la Beaujoire. À chaque fois, le même schéma : des tirs à l'aveugle, des tireurs à scooter, et le narcotrafic en toile de fond.
Le 28 avril, Serge, 22 ans, est abattu d'une balle en pleine tête à La Bottière. Deux semaines plus tard, le 14 mai, c'est Elidjah, 15 ans, qui meurt mitraillé au pied d'un immeuble de Port-Boyer, un point de deal connu du quartier. Un enfant de 13 ans est grièvement blessé, un autre de 14 ans l'est plus légèrement. Les faits se déroulent vers 19h30. Deux hommes à scooter ouvrent le feu sans discernement.
Dans la nuit du 26 au 27 mai, Tayron, une vingtaine d'années, est retrouvé sans vie près du stade de la Beaujoire. Enfin, le 4 juin, un jeune homme de 18 ans est tué en début d'après-midi à La Bottière. À chaque fois, le parquet fait le lien avec le trafic de stupéfiants.
Des méthodes de plus en plus violentes
Les fusillades ne se limitent pas aux morts. Le 25 mai, vers 1 heure du matin, un mineur de 16 ans originaire d'Angers est blessé par balle au mollet rue Samuel de Champlain, au nord de Nantes. Ce jeune en fugue a été séquestré sous la menace d'une arme depuis la veille. Il a subi des actes dégradants, avant d'être visé dans un contexte de rivalités liées au trafic, selon le procureur de la République de Rennes.
Deux suspects ont été identifiés. L'un a été interpellé le 3 juin dans un bois à Nantes par la BRI 44, l'autre a été extrait d'un domicile. Le mode opératoire interroge. Les réseaux criminels nantais recourent désormais à des jeunes tireurs, recrutés pour une mission ponctuelle. Des fusils d'assaut sont utilisés. Une évolution déjà observée dans les quartiers nord de Marseille, analyse Fabrice Rizzoli, spécialiste de la grande criminalité.
La maire de Nantes, Johanna Rolland, a réagi après la mort du jeune homme de 18 ans début juin. « Le narcotrafic continue de tuer : des vies brisées, des familles détruites, des habitants qui ont peur. La réponse de l'État doit être à la hauteur de l'enjeu », a-t-elle écrit.
Le désarroi des habitants et des acteurs de terrain
Dans le quartier de Port-Boyer, les habitants se sentent piégés. Une résidente confie son chagrin et son désespoir face à la dégradation de son cadre de vie. « On essaie de faire abstraction, mais c'est compliqué », dit-elle. Certains envisagent de quitter les lieux, faute de moyens financiers pour partir. Elle décrit une scène qui l'a marquée : « J'entends cette maman dehors qui hurle qu'on lui a tué son bébé, c'est déchirant. »
À quelques kilomètres de là, dans le secteur du Chêne des Anglais, Louisa Battoy vit la même impuissance. Figure associative des quartiers nord, elle a vu se multiplier les passages à tabac, les tirs de fusils d'assaut et les règlements de comptes depuis trente ans qu'elle habite le quartier. Elle craint une aggravation si la prévention n'est pas renforcée. Son association, « Casse ta routine », accompagne les jeunes dans leurs démarches d'emploi, de logement ou d'insertion. « On doit aider nos jeunes, ils sont l'avenir de nos quartiers », alerte-t-elle. Elle se réveille endeuillée pour la quatrième fois en deux mois.
Les statistiques ne disent pas tout. Les familles brisées, la peur qui s'installe, le sentiment d'abandon. Dans ces quartiers, le narcotrafic n'est pas un phénomène lointain. Il est au pied des immeubles, dans les regards des gamins que certains réseaux transforment en chair à canon.
Reste une question : jusqu'où ira cette escalade ? Les autorités multiplient les interpellations, mais les points de deal continuent de tourner. Et la mort des jeunes, comme Elidjah, 15 ans, rappelle que personne n'est à l'abri d'une balle perdue.

