Publié le mercredi 02 septembre 2026 dans la rubrique Normandie
Témoignage poignant d'Estelle Roupsard après le naufrage du Maranello
Estelle Roupsard, pêcheuse à Cherbourg-en-Cotentin, partage son vécu après le naufrage du Maranello survenu le 29 août 2026 dans la Manche. Son frère, Romaric Perré, fait partie des trois rescapés, tandis que deux autres marins sont portés disparus. Ce drame réveille en elle une angoisse profonde liée aux risques du métier de pêcheur.
Une famille de pêcheurs
Estelle évoque avec émotion ses racines familiales ancrées dans la pêche. "Je suis issue d’une famille de pêcheurs", déclare-t-elle. Les générations précédentes, de ses grands-pères à son père, ont toutes exercé ce métier à Cherbourg. Malgré les dangers croissants, elle décrit la pêche comme un "métier authentique" et souligne qu’il est en voie de disparition.
La peur des appels
Elle raconte comment l’angoisse de l’attente est omniprésente lorsque les marins prennent le large. "Nous n’avons pas le droit de parler des risques", dit-elle. Dans cette communauté, il faut être forte et cacher ses peurs. "Parler de ses peurs, ça porte la poisse", ajoute-t-elle. Ainsi, elles restent enfouies, mais se manifestent à chaque départ en mer.
Le coup de téléphone redouté
Estelle se souvient avec précision du jour où elle a reçu un appel tragique le 30 juin 2010. Son mari lui annonce que leur bateau coule. À partir de ce moment, son esprit est envahi par des questions terrifiantes : "Où est-il ? Est-ce qu’il va bien ?" Elle décrit une attente interminable, hors du temps, où la peur la paralyse. Heureusement, son mari revient sain et sauf, mais le souvenir de cette épreuve la hante.
Un naufrage tragique
Le naufrage du Maranello réveille chez Estelle un sentiment de répétition. "Où est-il ? Comment va-t-il ?" se demande-t-elle à nouveau. Mais cette fois-ci, l’inquiétude s’étend à tous les membres de l’équipage. "Nous sommes une grande famille : la famille des pêcheurs", rappelle-t-elle. Les trois hommes rescapés se retrouvent à porter le poids de la tragédie de leurs collègues disparus.
Les conséquences d'un naufrage
Pour Estelle, un bateau qui coule représente bien plus qu’un simple navire. C'est une part de leur histoire, de leur vie. Elle souligne la douleur des familles des deux hommes disparus, laissant derrière elles des proches qui n'ont peut-être pas eu le temps de dire au revoir. "Nous pleurons les deux hommes disparus. Nous pleurons leurs familles", confie-t-elle.
Se relever après la tempête
Estelle ne peut s’empêcher de penser à la reconstruction des rescapés. "Un naufrage ne s’arrête pas lorsque les survivants touchent la terre", insiste-t-elle. En tant que femme de marin, elle sait que le chemin du retour à la normalité peut être long et difficile. Son mari, après son propre naufrage, a mis plusieurs mois à se reconstruire. "Et pourtant, il n’avait pas laissé de vide humain derrière lui", précise-t-elle.
Une force silencieuse
Malgré la peur qui les habite, Estelle et les femmes de pêcheurs continuent de sourire à leurs marins au moment de leur départ. "Nous savons que la mer est leur vie", déclare-t-elle. Ces sourires masquent une angoisse profonde, mais elles choisissent de rester fortes pour ceux qui bravent les vagues.


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