Publication le 7 juin 2026 · Mis à jour le lundi 08 juin 2026 dans la rubrique Paris
Nuit Blanche : la maire du 10e agressée par des militants intégristes à l'église Saint-Laurent
Nuit Blanche à Paris : la maire du 10e agressée par des militants intégristes, six gardes à vue
Samedi soir, la Nuit Blanche a viré au cauchemar dans le 10e arrondissement. Une trentaine de militants du groupuscule catholique intégriste Civitas ont violemment perturbé l'ouverture d'une installation artistique à l'église Saint-Laurent. La maire socialiste Alexandra Cordebard a été bousculée et frappée. Six personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Deux d'entre elles sont soupçonnées de violences volontaires contre l'élue et contre le député écologiste Pouria Amirshahi, également pris à partie.
L'agression : des coups, des bousculades et une prière de rue
Peu avant 19 heures, les militants ont tenté d'empêcher l'accès au public à l'église Saint-Laurent, propriété de la ville de Paris. Leur cible : l'œuvre Sous la peau du ciel, de l'artiste Marie-Luce Nadal, programmée dans le cadre de la 25e édition de la Nuit Blanche, dont le thème était l'amour.
« J'ai été bousculée avec mon équipe. J'ai personnellement reçu des coups de la part de ces individus, qui voulaient nous empêcher d'entrer », a rapporté Alexandra Cordebard sur X, dès samedi soir. Le lendemain, à la sortie du poste de police où elle a déposé plainte, elle a livré un récit plus précis des violences. « Je me suis trouvée coincée au milieu de ces types », a-t-elle confié, décrivant une situation où elle et ses collaborateurs ont été physiquement pris pour cible.
Le député Pouria Amirshahi, présent sur place, a lui aussi été bousculé. Il a annoncé son intention de porter plainte.
Après cette première action d'intimidation, le collectif a organisé une prière de rue aux abords de l'édifice. C'est à ce moment-là que la maire et son équipe ont été agressées. La police nationale et la police municipale sont intervenues pour rétablir l'ordre.
Six interpellations, deux gardes à vue pour violences sur élus
Le parquet de Paris a confirmé dimanche que six personnes avaient été interpellées et placées en garde à vue. Deux d'entre elles le sont pour violences volontaires sur des élus – Alexandra Cordebard et Pouria Amirshahi. Les quatre autres sont poursuivies pour participation à un attroupement après sommation de se disperser.
La mairie de Paris a annoncé dès samedi soir vouloir porter plainte, dénonçant une action menée par des « militants intégristes d'extrême droite » visant à empêcher la tenue d'une œuvre. Dans un communiqué officiel, elle a pointé clairement le groupuscule Civitas, connu pour ses positions traditionalistes et ses actions coup de poing contre des événements culturels jugés blasphématoires.
La maire du 10e a elle-même déposé plainte dimanche. Elle s'est dite inquiète pour son arrondissement, qu'elle affirme « ciblé régulièrement » par l'extrême droite.
Un arrondissement sous tension, une liberté d'expression en question
L'église Saint-Laurent, située rue de la Chapelle, a été le théâtre d'une confrontation qui dépasse le simple incident de voirie. L'installation Sous la peau du ciel a finalement pu être présentée au public. Mais l'atmosphère reste lourde.
Cet épisode s'inscrit dans une série d'actions menées par Civitas contre des manifestations artistiques ou culturelles. Le groupe, qui se réclame d'un catholicisme intransigeant, n'en est pas à son premier coup d'éclat. Ici, c'est le thème de l'amour – au programme de cette Nuit Blanche – qui a visiblement déclenché la colère des militants.
Les élus locaux, de tous bords, ont condamné ces violences. Alexandra Cordebard, élue socialiste, a reçu le soutien de la maire de Paris et de nombreux responsables politiques. Le député Pouria Amirshahi (écologiste) a insisté sur la nécessité de protéger la liberté de création.
Reste que l'agression physique d'une élue en pleine rue, devant son propre arrondissement, interroge sur le climat sécuritaire et la montée des actions radicales. La garde à vue des six suspects devrait permettre de faire la lumière sur l'organisation de cette action coup de poing et sur d'éventuelles complicités.
La Nuit Blanche, qui devait célébrer l'art et l'amour, a laissé place à la violence. Mais l'œuvre a été montrée. Et la plainte déposée. Pour la maire du 10e, l'essentiel est désormais que justice soit faite – et que son arrondissement ne devienne pas un terrain de jeu pour les groupes intégristes.

