Publié le mercredi 09 septembre 2026 dans la rubrique Strasbourg
Les Vosges, vulnérables face au changement climatique selon Guillaume Faburel
Dans son livre à paraître le 10 septembre, intitulé "Où habiter ? Fake or not" (éditions Tana), le géographe Guillaume Faburel révèle que les Vosges ne figureront pas parmi les territoires refuges face au changement climatique d’ici 2050. Ce constat s’inscrit dans une analyse approfondie des dynamiques territoriales, pour les métropoles alsaciennes, qui devraient souffrir d’une hausse des températures dans les années à venir.
Une démarche innovante
Faburel explique que sa recherche s’inscrit dans le cadre du mouvement post-urbain, lancé il y a cinq ans. Ce mouvement vise à réévaluer notre géographie actuelle, souvent dominée par l'urbanisation excessive, jugée inadaptée à la transition écologique nécessaire. Pour établir ses conclusions, le géographe a croisé une trentaine d’indicateurs, regroupés en trois grandes catégories : les facteurs environnementaux, l’évolution des métiers et l’interaction humaine avec le territoire.
Caractéristiques des territoires refuges
Les territoires identifiés comme refuges partagent certaines caractéristiques. Ils se situent généralement dans des systèmes collinaires ou de moyenne montagne, avec une forte couverture forestière et une bonne qualité biologique des forêts. Ces zones présentent également une faible densité de population, ce qui favorise une certaine forme de vie rurale sans être désertées. Cette dynamique permet de préserver des pratiques telles que l’agroécologie et la polyculture, essentielles à la durabilité territoriale.
Les Vosges face aux défis climatiques
Les Vosges, malgré leur attrait, ne répondent pas aux critères des territoires refuges. Selon Faburel, elles présentent plusieurs vulnérabilités. Les coupes à blanc des forêts y sont plus fréquentes que dans d’autres massifs, bien que moins que dans des régions comme la Gironde. L’activité forestière, industrialisée, et le dépérissement des forêts dû à des facteurs comme la sécheresse ou les scolytes aggravent la situation.
En outre, la région est soumise à une influence climatique continentale. Certaines études prévoient des températures atteignant jusqu'à 55 degrés Celsius dans les années à venir pour l'Alsace et d'autres parties du Grand Est. La densité de population dans les Vosges est deux fois plus élevée que celle des zones refuges, avec un manque de logements vacants et une forte présence de résidences secondaires. Cela engendre une pression supplémentaire sur le massif, souvent envahi par des touristes.
Écosystèmes productifs en péril
Les écosystèmes productifs des Vosges souffrent également. La dégradation des prairies et une baisse de la production fourragère menacent des systèmes d’élevage, notamment fromagers. Ces facteurs fragilisent l’autonomisation que ces territoires pourraient offrir face aux enjeux climatiques. La pression exercée par l’urbanisation et les pratiques non durables accentue ce risque.
Vers un rééquilibrage territorial
Pour répondre aux défis posés par le dérèglement climatique, Guillaume Faburel prône un rééquilibrage des territoires. Il appelle à redéfinir les logiques d’aménagement, non pas pour urbaniser davantage les Vosges, mais pour soutenir leur développement tout en respectant les limites écologiques. Cela passe par un modèle de « ménagement » qui privilégierait les ressources locales et favoriserait un mode de vie moins dépendant des métropoles, souvent surpeuplées et invivables.
Le géographe souligne que le désir de campagne est plus fort que jamais, en particulier après les épisodes de canicule, et que des pratiques écologiques émergent même dans les classes populaires. Toutefois, un verrou politique et économique demeure à lever pour aligner les stratégies d’aménagement du territoire sur cette évolution nécessaire.


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