Publié le mercredi 10 juin 2026 dans la rubrique Strasbourg
Procès pour diffamation à Strasbourg : Rue89 face à des accusations graves
Strasbourg, Bas-Rhin – Le tribunal judiciaire accueillera ce jeudi 11 juin un procès pour diffamation. Cette fois, les journalistes ne seront pas dans la salle pour couvrir les débats. Ils y siégeront sur le banc des prévenus.
L’affaire qui a déclenché les poursuites
En mai 2024, Rue89 Strasbourg publie un article dans sa rubrique « vigies ». Ce court format reprend une information tirée de la presse nationale ou locale jugée d’intérêt général. Le texte relaye une enquête de La Lettre du musicien, revue mensuelle destinée aux professionnels de la musique classique. Cette enquête, sortie dix jours plus tôt, met en cause Jean-Marc Foltz, professeur de clarinette à la Haute école des arts du Rhin et clarinettiste de jazz. L’article mentionne que Foltz fait l’objet d’une plainte pour viol et d’une enquête administrative menée par l’Eurométropole.
Rue89 Strasbourg est aujourd’hui poursuivi pour avoir « allégué ou imputé un fait portant atteinte à l’honneur ou à la considération » du musicien. Le média assume ce choix éditorial : les violences sexistes et sexuelles relèvent, selon lui, du débat public local.
Une plainte en cascade
Jean-Marc Foltz réagit en août 2024. Il dépose une plainte avec constitution de partie civile pour diffamation. Il vise d’abord La Lettre du musicien, puis Rue89 Strasbourg, puis le média Pokaa, qui a également traité l’affaire. Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont évoqué le sujet sans nommer le musicien. Ce journal n’est pas poursuivi.
Plusieurs procédures contre Rue89 Strasbourg
Cette affaire n’est pas isolée. En novembre 2024, Mickaël Langlois, professeur de théologie accusé par certaines étudiantes, attaque Rue89 Strasbourg au civil pour atteinte à la vie privée. Sa première action en diffamation avait échoué. Le média dénonce une procédure bâillon, mais aucune audience n’est programmée.
En mars 2026, l’eurodéputée du Rassemblement national Virginie Joron poursuit Rue89 Strasbourg en diffamation. L’article litigieux révélait qu’elle avait été mise à l’écart au Parlement européen en juin 2021. Même situation : aucune audience fixée.
En avril 2026, Hassan Benzad, ancien imam de la mosquée de Hautepierre, attaque le média pour avoir révélé les raisons de son licenciement en février 2025. Encore une fois, aucune audience n’est programmée. Rue89 Strasbourg rappelle n’avoir jamais été condamné depuis sa création en 2012.
L’enquête initiale classée sans suite
Un an après les révélations, l’enquête administrative de l’Eurométropole n’a pas permis d’établir la commission de faits. Les deux plaintes – une pour violences et une pour viol – ont été classées en septembre 2025. Le parquet s’est estimé incapable de poursuivre Jean-Marc Foltz, faute de preuves.
Un droit de se défendre, mais un coût pour le média
Le musicien a le droit de se défendre. Il aurait pu répondre aux sollicitations des journalistes ou envoyer un droit de réponse. Il a choisi la voie judiciaire. Cette décision force Rue89 Strasbourg à engager plusieurs milliers d’euros pour sa défense. Le média se dit confiant sur l’issue du procès, en raison du sérieux de son enquête. Il affirme ne pas se laisser intimider et entend continuer à accueillir la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles, en particulier dans des contextes d’emprise ou d’abus de pouvoir. Plusieurs affaires déjà traitées sont citées : Langlois, Polesi, Debève, la paroisse Saint-Matthieu ou la Maison des Associations dès 2019. Rue89 Strasbourg justifie ainsi sa raison d’être : celle d’un média local indépendant.

