Publié le samedi 30 mai 2026 dans la rubrique Suisse
La Suisse investit 850 millions pour renforcer sa souveraineté spatiale et réduire sa dépendance étrangère
Depuis Berlin, le ministre suisse de la Défense Martin Pfister a rencontré ses homologues allemand, autrichien et luxembourgeois. Objectif : renforcer la coopération spatiale face à une dépendance jugée trop lourde.
Une dépendance critiquée face aux géants de l'espace
La Suisse ne possède pas de satellites pour des applications duales. Pas d'acquisition d'images, pas de renseignement électronique, pas de télécommunications souveraines. Ludovic Monnerat, responsable du Centre de compétences Espace, le dit clairement : le pays reste dépendant de nations étrangères et de prestataires commerciaux.
Un paradoxe. L'industrie spatiale suisse et ses universités comptent parmi les meilleures. Pourtant, Berne doit s'en remettre à d'autres pour des besoins stratégiques. La situation interroge, alors que l'espace devient incontournable pour la défense comme pour le quotidien.
Berlin, pivot d'une coopération spatiale élargie
La réunion de Berlin avec l'Allemagne, l'Autriche et le Luxembourg vise à bâtir un réseau commun. L'idée : partager stations au sol et satellites via l'Agence spatiale européenne (ESA). Mutualiser les ressources sans perdre la main. La Suisse veut pouvoir se détacher du réseau si nécessaire et rester autonome.
Le Conseil fédéral a validé en 2025 une conception globale Espace. Cette stratégie couvre le suivi de situation, la collecte d'informations, les télécommunications et la navigation de précision. Un premier investissement figure dans le message sur l'armée 2026, soumis au Parlement.
850 millions de francs pour des capacités souveraines
Sur les douze prochaines années, l'armée suisse consacrera environ 850 millions de francs au spatial. L'argent servira à développer des capacités que la Suisse doit pouvoir exploiter seule. Priorité : la collecte de renseignements et les télécommunications.
Ce noyau souverain sera complété par des coopérations militaires et duales. Le recours à des services commerciaux reste possible, quand ils sont plus économiques ou plus simples à mettre en œuvre. La bascule est annoncée, mais pas encore totale.
L'espace comme filet de sécurité face aux menaces terrestres
Ludovic Monnerat insiste sur un point : la vulnérabilité des infrastructures terrestres a beaucoup augmenté. Dans les conflits modernes, de nombreux systèmes peuvent être perturbés ou détruits facilement. L'espace devient alors une solution de secours face aux équipements au sol.
Pour le responsable, la Suisse doit développer certaines capacités souveraines dans l'espace. Non pas pour rivaliser avec les grandes puissances, mais pour garantir une autonomie minimale en cas de crise.
Un équilibre entre mutualisation et autonomie
La conception de la défense intègre désormais tous les domaines : sol, air, cyber, espace électromagnétique, information et espace. Ludovic Monnerat rappelle que l'espace joue déjà un rôle important dans la construction des capacités de défense suisses.
Les coopérations avec l'ESA et les partenaires européens restent centrales. Mais la volonté d'autonomie est claire. Le réseau de stations au sol et de satellites devra permettre à la Suisse de se détacher si le besoin s'en fait sentir. Un équilibre délicat entre solidarité et souveraineté.

