Publié le samedi 26 septembre 2026 dans la rubrique Suisse
Plus de deux fermes disparaissent chaque jour en Suisse: trois paysans racontent leur quotidien
À Lausanne, la réalité des agriculteurs suisses est alarmante. Chaque jour, plus de deux fermes disparaissent, laissant derrière elles des histoires de passion, de lutte et de résilience. Trois paysans, Athos, Léonard et Marlène, partagent leur quotidien face à cette crise silencieuse.
Athos, le vétéran du métier
Athos, retraité de 70 ans, a hérité du domaine familial. À l'origine brillant élève, il se remémore avec amertume un parcours scolaire qui aurait pu le mener à un salaire confortable, à l'instar de son camarade devenu directeur d'hôpital. Aujourd'hui, il se sent piégé par les réalités économiques de son métier, où il se décrit comme un « prostitué pour les citadins », vendant son lait à seulement cinquante centimes. Son expérience lui a enseigné que les défis du monde agricole vont bien au-delà des simples problématiques financières.
Léonard, le choix audacieux
À l'opposé, Léonard, jeune agriculteur, a privilégié sa passion pour l’agriculture en abandonnant une carrière prometteuse dans l'économie. Originaire de Lausanne, il a récemment acheté une ferme dans le Jura. Pour lui, trouver des terres dans le canton de Vaud aurait été une mission impossible. Son choix témoigne d'un désir de revenir à des valeurs fondamentales, mais aussi d'une volonté de s'inscrire dans un milieu où la tradition et la modernité se confrontent.
Marlène, la battante
Marlène, quant à elle, élève des vaches laitières et gère une exploitation diversifiée, cultivant colza, tournesol, betterave et blé. Elle consacre cinquante heures par semaine à son travail, sans compter les tâches domestiques et administratives qu'elle effectue une fois son fils couché. Les vacances sont rares ; elle se souvient d'une seule escapade de trois jours depuis la naissance de son enfant. Son parcours n’a pas été sans obstacles, surtout face à un milieu qui privilégie souvent les héritiers masculins.
Un parcours semé d’embûches
Les difficultés pour acquérir une ferme sont nombreuses, surtout pour ceux qui ne viennent pas du milieu. Léonard a dû se battre pour s'installer, tandis que Marlène a dû prouver sa légitimité en tant que femme dans un secteur encore largement dominé par les hommes. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), seulement 8,1 % des exploitations suisses sont dirigées par des femmes, un chiffre qui illustre bien les défis d’égalité dans ce domaine.
La solitude et le poids de l’administratif
La solitude est un autre aspect préoccupant de la vie des agriculteurs. Athos évoque un temps révolu où les paysans se retrouvaient à la laiterie chaque matin, partageant leurs joies et leurs peines. Aujourd'hui, les interactions se limitent souvent aux chauffeurs de camions de collecte. La charge administrative, que Marlène décrit comme écrasante, s’ajoute à la pression économique. Athos, devenu contrôleur d’exploitations, reste sceptique sur la nécessité de cette bureaucratie, affirmant que le cœur du problème réside dans le prix des produits.
Un amour inébranlable pour la terre
Malgré ces défis, leur passion pour l'agriculture reste intacte. Athos parle avec émerveillement du blé qui germe, considérant cela comme un spectacle inégalable. Marlène, quant à elle, exprime son amour pour la production, tandis que Léonard résume sa satisfaction en affirmant qu'il vit la meilleure vie qui soit depuis son installation. Cette passion, malgré les difficultés, est ce qui les pousse à continuer, jour après jour, à travailler la terre avec dévouement.


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