Publié le vendredi 12 juin 2026 dans la rubrique Toulouse
Toulouse : Les défis des associations face aux coupes budgétaires
Ce week-end, la place du Capitole accueille la Fête des associations et des centres sociaux de Toulouse. Un rendez-vous attendu dans une ville qui compte plus de 1 600 structures répertoriées dans son annuaire, et un département, la Haute-Garonne, qui totalise plus de 30 000 associations et 270 000 bénévoles en 2024. Mais derrière l’effervescence des démonstrations de danse, des concerts et des ateliers prévus par la mairie, le tissu associatif toulousain respire moins librement qu’avant.
Une baisse des subventions qui fait mal
Les chiffres sont là. La municipalité a réduit de 10 % les subventions accordées aux associations entre 2024 et 2025. Une coupe franche, même si la mairie a annoncé leur maintien pour 2026. Une association toulousaine, qui a refusé de donner son nom, ne mâche pas ses mots : « Le problème des associations toulousaines, c’est la baisse du soutien de la municipalité en termes de moyens financiers. Toulouse est la troisième ville de France, ce n’est pas une ville pauvre. C’est donc un choix politique. »
Cette critique directe reflète un sentiment partagé par plusieurs acteurs du secteur. La ville brille par son dynamisme économique mais serre les cordons budgétaires sur le milieu associatif.
France Alzheimer : le bénévolat plus dur que les dons
Pour France Alzheimer 31, la question des financements publics ne se pose pas. L’organisme fonctionne exclusivement sur des dons depuis sa création en 1985. Ginette Arias, présidente de l’association pour la Haute-Garonne, constate que « la générosité du public ne faiblit pas ». Mais elle ajoute aussitôt : « En revanche, le don de soi, c’est plus difficile. »
Le bénévolat devient un casse-tête. Les bénévoles vieillissent, les jeunes s’engagent moins ou différemment. Trouver des bras pour animer les actions quotidiennes relève du parcours du combattant.
Le Café Autisme pointe les défaillances de l’État
Au-delà de l’argent, c’est la méconnaissance du public qui inquiète. France de Pérignon, présidente et fondatrice du Café Autisme, dénonce un « grand problème de mentalité » autour de l’autisme. Son association intervient régulièrement dans les écoles et d’autres lieux pour sensibiliser. Une mission qui, selon elle, incomberait à l’État : « C’est à l’État d’agir », demande-t-elle.
Le constat est amer. Les associations pallient les carences institutionnelles. Elles sont en première ligne pour éduquer, informer, former. Sans elles, le vide serait béant.
Jules & Julies fait sa première entrée dans la fête
Fondée en 1996, Jules & Julies est l’une des plus anciennes associations LGBTQIAP+ de Toulouse. Cette année, elle participe pour la première fois à la Fête des associations. Camille-Adèle Gelot, 27 ans, trésorière de l’association, y voit une occasion rare : « Ça permet de toucher les professionnels de santé ou du monde éducatif, des gens qui n’ont pas forcément les codes du monde LGBT ou qui se posent des questions sur leur identité de genre. »
Un public que la Pride n’atteint pas toujours. La fête offre un cadre neutre, grand public, moins militant. Camille-Adèle Gelot considère Toulouse comme « l’une des villes les plus acquises à la cause de France ». Elle souligne un tissu associatif « relativement dense, avec beaucoup d’initiatives locales » dans le Sud.
Un rebond après le Covid, un avenir incertain
Les années Covid avaient fait chuter les effectifs. Aujourd’hui, Jules & Julies voit la lumière au bout du tunnel : « On est en train de remonter la pente », résume la trésorière. Un signal encourageant, partagé par Ginette Arias, de France Alzheimer, qui répète : « Les Toulousains ne lâchent pas la main des associations. »
Reste à savoir combien de temps cette main tendue pourra encore soutenir un secteur fragilisé par les coupes budgétaires et les difficultés de recrutement. Jules & Julies livre une piste. Pour faire s’engager les Toulousains, la recette est simple : « Il faut s’engager auprès d’une association qui nous plaît. » Un conseil qui résonne ce week-end sur les pavés du Capitole.

