Publication le 23 mai 2026 · Mis à jour le vendredi 05 juin 2026 dans la rubrique Bordeaux
La Gironde doit réviser son budget après un désaccord sur le déficit de 2025
La Gironde contrainte de revoir son budget après un nouveau désaccord comptable
Les finances du Département de la Gironde connaissent un nouvel épisode tendu. Alors que la collectivité avait adopté son budget primitif pour 2026 le 13 avril, la Chambre régionale des comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine en a livré une analyse critique le 22 mai. L’institution y révèle un déficit bien plus lourd que prévu pour l’exercice 2025, ce qui pousse les élus à revoir leur copie lors d’un vote prévu le 8 juin.
Un déficit officiel contesté par la Chambre régionale des comptes
Le désaccord de fond porte sur l’ampleur réelle du déficit de l’année 2025. Selon les calculs du Département, celui-ci s’élevait à 38,5 millions d’euros. Mais après avoir passé en revue les écritures comptables, la CRC estime que le trou atteint en réalité 136,5 millions d’euros, soit près de quatre fois plus. Un écart colossal qui repose sur plusieurs corrections.
La juridiction financière reproche notamment à la collectivité d’avoir omis d’inclure 86,3 millions d’euros de dépenses liées au Revenu de solidarité active (RSA), qui avaient été réglées au tout début de l’année 2026. À cela s’ajoutent 11,7 millions d’euros de restes à réaliser sur les investissements, non comptabilisés dans le budget présenté. Ces deux seuls postes expliquent la majeure partie de la différence.
Du côté du Département, on conteste ces chiffres. Le rapport de la CRC est pourtant le deuxième avertissement en quelques mois : à l’automne 2025, un premier déficit de 101,8 millions d’euros avait déjà été constaté, conduisant à l’adoption d’un plan de retour à l’équilibre en décembre. Ce plan est aujourd’hui remis en cause par les nouvelles estimations de l’institution.
Un budget à revoter sous pression
L’avis de la CRC a une conséquence concrète immédiate : le budget 2026, validé le 13 avril, doit être revoté par l’assemblée départementale. La date du 8 juin a été fixée pour ce nouveau scrutin. Les élus devront intégrer les corrections comptables exigées par la Chambre, sous peine de voir leur plan de redressement jugé insuffisant.
La situation est d’autant plus délicate que l’évaluation de la CRC n’est pas encore complète. Dans son avis, elle précise n’avoir examiné qu’une fraction des dépenses soumises à correction comptable. D’autres ajustements pourraient donc survenir, ce qui laisse planer une incertitude sur le montant réel du déficit de 2025.
Le Département, de son côté, défend la sincérité de son budget initial et souligne les efforts déjà engagés depuis l’automne. Mais le désaccord avec la Chambre régionale des comptes persiste sur la méthode de calcul, notamment sur le traitement des dépenses de RSA payées en début d’année suivante.
Un enjeu politique et financier pour le territoire
Au-delà des chiffres, cette nouvelle polémique pèse sur la vie politique girondine. La gestion des finances départementales est un dossier sensible, d’autant que les marges de manœuvre sont réduites. Le précédent déficit de 101,8 millions d’euros avait déjà contraint la majorité à élaborer un plan d’économies drastique. Avec une estimation qui grimpe à 136,5 millions d’euros, la pression monte d’un cran.
Les prochaines semaines seront marquées par des discussions techniques et politiques pour trouver un terrain d’entente. Le vote du 8 juin sera scruté de près, car il conditionne le respect des règles budgétaires imposées aux collectivités locales. Si le budget n’est pas jugé équilibré, la CRC pourrait saisir la chambre du contentieux, avec des conséquences lourdes pour le Département.
En attendant, les Girondins peuvent s’attendre à un débat animé autour des priorités de dépenses : aides sociales, investissements, fonctionnement… Les arbitrages à venir seront serrés, alors que la collectivité doit à la fois combler le déficit passé et financer ses missions quotidiennes.
Cette affaire rappelle aussi la complexité des règles comptables publiques. Ce qui semble être un simple désaccord technique cache en réalité des choix politiques majeurs sur la répartition des efforts et le niveau de service rendu aux habitants.

