Publié le vendredi 05 juin 2026 dans la rubrique Bordeaux
Lutte contre l'isolement des seniors au Grand Parc de Bordeaux
Un contexte préoccupant
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 23,7 % des 4 278 habitants du quartier ont plus de 60 ans, un taux bien supérieur à la moyenne bordelaise de 18,7 %. les actions menées par les bénévoles s’avèrent cruciales. Lise Secondé, de l’association Les Petits Frères des pauvres, souligne l'importance de cette mobilisation, surtout à l’approche de l'été et des épisodes de canicule, qui peuvent aggraver la situation des personnes âgées isolées.
Un parcours semé d'embûches
Myriam, une salariée de l’association La Fourmilière, et Anzamtou, en service civique, se lancent dans leur mission. Elles montent dans l’ascenseur jusqu’au 20e étage, déterminées à rencontrer les résidents. Cependant, de nombreux appartements restent silencieux. Les deux femmes souhaitent savoir si les personnes âgées vont bien, mais se heurtent souvent à des refus de communication. Une porte s’ouvre parfois, mais la méfiance demeure forte. “C’est super dur de faire sortir des personnes de l’isolement”, avoue Myriam, après un échange difficile avec un homme qui lui claque la porte au nez.
La solitude exacerbée par la précarité
Les difficultés financières, l’adaptation des logements et la perte d’un proche sont autant de facteurs qui maintiennent les personnes âgées dans l’isolement. Le quartier du Grand Parc, construit dans les années 1950-1960, abrite des habitants parfois installés depuis des décennies. Myriam se souvient d’un ancien professeur de son frère, qu'elle identifie comme un homme isolé. Ce lien avec le passé souligne à quel point ces résidents font partie intégrante de l'histoire du quartier.
Des rencontres prometteuses
À mi-parcours, une rencontre chaleureuse avec Marie, une octogénaire malvoyante, apporte un peu d'espoir. Bien qu’elle refuse l’invitation à descendre boire un café, elle montre une réelle volonté de discuter. Ces échanges, bien que rares, sont précieux. Claudine, une autre participante, témoigne de sa solitude après la perte de son mari, projetant de s’inscrire à des activités pour rompre l’isolement. “Tous les après-midis, je suis dans mon canapé à regarder la télévision”, avoue-t-elle, illustrant la réalité de nombre de seniors du quartier.
Des solutions à envisager
Les acteurs locaux se penchent sur la question de l’isolement des aînés. Isabel Madrid, présidente de Monalisa Gironde, met en lumière les défis liés au vieillissement dans les QPV, souvent conçus sans tenir compte de l’âge avancé des résidents. Le maire de Lormont, Philippe Quertinmont, souligne quant à lui la nécessité de créer des logements adaptés pour favoriser la vie en communauté. Les collectivités commencent à tester des solutions, comme des points de rencontre au pied des immeubles ou des formations dédiées aux métiers de la gérontologie.
À Bègles, des équipes renforcées au sein du CCAS se mobilisent également pour repérer les personnes âgées isolées. La méthode du porte-à-porte s’avère efficace, mais nécessite de la persévérance. L'espoir réside dans ces initiatives qui, si elles se multiplient, pourraient offrir un souffle nouveau à ces quartiers où la solitude des seniors est souvent un angle mort des politiques publiques.

