Publié le mardi 28 juillet 2026 dans la rubrique Bordeaux
Fatigue et solidarité au Parc des expositions de Bordeaux
Bordeaux, Gironde. Le Hall 2 du Parc des expositions abrite encore entre 800 et 1 000 évacués des incendies. La promiscuité du premier jour s'est estompée, mais le poids des nuits blanches et de l'incertitude s'alourdit.
Une fatigue qui s'accumule sous les projecteurs
« Les nuits sont difficiles avec la lumière, le bruit et la promiscuité », confie une femme, le regard las. Elle a eu le dos coincé ce matin. Des kinésithérapeutes l'ont prise en charge. « Ils sont formidables. » Son sourire, dit-elle, ne reflète pas ce qu'elle porte à l'intérieur. « Il y a de l'angoisse, comme tout le monde, de l'inquiétude et de la lassitude, beaucoup. » Les journées s'étirent, identiques, dans le vacarme feutré du hall.
Autour d'elle, des lits de camp alignés, des déambulateurs, des béquilles. Les personnes âgées frappent par leur nombre. Elles dorment là, dans la promiscuité, avec difficulté.
Joseph, 78 ans : « Je ne veux pas y penser »
Joseph, 78 ans, ne sait pas combien de temps il restera. « Il n'y a rien qui me dérange sauf de rester ici », lâche-t-il. Alors il ne pense pas à la suite. Autour de lui, certains semblent amorphes. « On leur parle, ils ne répondent pas vraiment. On n'a jamais dormi autant que depuis qu'on est là. »
Le temps joue contre le moral. Francine, 77 ans, évacuée des Landes, connaît bien les ressorts psychologiques. Elle travaille dans le milieu psy. « Ceux qui sont là depuis cinq jours commencent à rencontrer quelques difficultés. Les dépressions vont commencer. Ce matin, quelques personnes ont craqué émotionnellement. »
Des bénévoles dévoués, jusqu'à l'épuisement
Un jeune bénévole enchaîne sa première nuit au centre. Lui aussi a été évacué. « J'aurais pu être là, à attendre. Mais l'entraide est folle. Le soutien, l'apport des autres bénévoles, c'est génial. » L'action le maintient debout : « Tourner en rond sans rien pouvoir faire, c'est pesant. Alors être utile fait du bien. »
Francine l'observe et s'inquiète pour lui. « Si vous voulez aider les gens, pensez d'abord à vous. » Elle a vu des bénévoles rester trop longtemps. « Il ne faut pas aller jusqu'à l'épuisement, sinon vous ne pourrez plus aider personne. » Le jeune homme la rassure : les équipes se relaient bien.
La vie continue : une naissance dans le hall
Au milieu de l'angoisse collective, une nouvelle a traversé le hall cette nuit. Une naissance a eu lieu ici même. Francine le raconte avec une émotion palpable : « La vie est là, la vie continue. »
Les pompiers, eux, restent en alerte. Le feu a été stabilisé, mais les températures repartent à la hausse. Les prochains jours s'annoncent compliqués. Dans le Hall 2, l'attente se prolonge, entre épuisement et solidarité.


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