Publié le mardi 16 juin 2026 dans la rubrique Bordeaux
Nordine Raymond dénonce 10 000 messages racistes et porte plainte
À Bordeaux, Nordine Raymond, ancien candidat LFI aux municipales, vient de déposer plainte. Il dénonce près de 10 000 messages racistes reçus pendant sa campagne. Une démarche qu'il veut exemplaire pour ne pas laisser ces comportements s'installer dans le silence.
10 000 messages de haine : un déferlement ciblé
« Une bonne tronche de salafiste », « Jean-Michel Couscous » : les injures ont déferlé par milliers sur les réseaux sociaux durant plusieurs semaines. Nordine Raymond les a comptées : presque 10 000. Un chiffre sidérant qui l'a poussé à saisir la justice pour injures racistes, harcèlement, diffamation et menaces de mort. Le 16 juin, lors d'une conférence de presse, il a raconté s'être replongé dans ces messages « blessants et déchirants » pour monter son dossier. Un exercice douloureux.
Une plainte politique contre la banalisation
Son avocat, Me Simon Takoudjou, parle d'« une démarche de principe ». « Renoncer à agir reviendrait à banaliser ces comportements et accepter leur installation durable », insiste-t-il. Nordine Raymond ne cherche pas forcément à faire condamner chaque auteur. L'essentiel, dit-il, c'est « la bataille culturelle contre le racisme ». Il veut que les gens mesurent ce qu'est une campagne de cyberharcèlement. La vague de haine visant Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, l'a conforté dans sa décision de porter plainte.
L'ancien candidat assume le caractère politique de sa plainte. « On rentre dans une année décisive, certains sondages annoncent déjà l'extrême droite aux portes du pouvoir. Cette plainte est politique, parce que ces atteintes l'étaient aussi », affirme-t-il. Il dit avoir repéré un motif récurrent dans les messages : « le logo bleu avec un M blanc à l'intérieur, marque de ceux qui soutiennent Marine Le Pen. »
Menaces physiques et sécurité rapprochée
Le harcèlement n'est pas resté virtuel. La permanence de campagne de Nordine Raymond a été dégradée après l'affaire Deranque. Face aux menaces, une sécurité rapprochée l'accompagnait en permanence. Un climat de peur qu'il ne cache pas : « Pour la première fois de ma vie, j'ai peur des fascistes », confie-t-il, constatant depuis 2024 un « basculement politique ». Les publications annonçant sa plainte ont provoqué un nouveau déluge d'insultes : « T'as pas à moufter, t'es pas chez toi ici », « Va faire ton cinéma avec tes blédards ».
Un geste fort : les dommages reversés à SOS Méditerranée
Pour couper court aux accusations d'enrichissement personnel, Nordine Raymond annonce qu'il reversera l'intégralité des dédommagements potentiels à SOS Méditerranée. « C'est un pied-de-nez de reverser directement de la poche de personnes racistes à une association qui sauve des personnes en Méditerranée », explique-t-il. La plainte a été déposée contre X, la plupart des messages étant anonymes. Ce sera au parquet d'identifier les auteurs.
Un précédent en Gironde
Les insultes racistes contre des élus locaux ne sont pas un cas isolé dans le département. Nordine Guendez, maire PS sortant d'Ambarès-et-Lagrave, avait reçu un e-mail menaçant à caractère raciste en septembre dernier. Une personne avait été condamnée. Lui aussi refuse de renoncer : « Tout petit renoncement est déjà un renoncement de trop », déclare-t-il. À 52 ans, il affirme avoir eu là ses « premiers stigmates » de discrimination : « Je n'avais jamais ressenti ça avant. Là je me suis dit ça existe, c'est toléré et insidieux. » Un témoignage qui résonne avec la démarche de Nordine Raymond.

