Publié le mercredi 21 octobre 2026 dans la rubrique Bordeaux
REPORTAGE. "On répond toujours avec des punitions collectives" : à Bordeaux, des jeunes dépités par la mise en place du couvre-feu
Mardi 20 octobre marquait la première nuit de couvre-feu à Bordeaux, en Gironde. Dans le cadre d'une mesure prise par la préfecture, les mineurs sont interdits de déambuler dans l'hypercentre de la ville entre 22 heures et 7 heures, suite à des incidents de vandalisme survenus le week-end précédent. Ce couvre-feu, qui devrait durer jusqu'au 26 octobre, suscite des réactions mitigées parmi les jeunes Bordelais.
Une liberté entravée
Adem, un adolescent de moins de 18 ans, court après son tramway en réalisant les implications de ce couvre-feu. Pour lui, le centre-ville représente un espace vital où il aime passer du temps, surtout pendant les vacances. "Je préfère traîner en ville que rester chez moi," confie-t-il, exprimant sa frustration face à l'heure limite imposée. "Je trouve que 22 heures, c'est trop tôt," ajoute-t-il, inquiet de l'impact de cette mesure sur sa vie sociale.
Inégalités perçues
Le couvre-feu touche exclusivement les jeunes mineurs, et Anouar, également adolescent et habitant à Cenon, souligne que cette décision punit principalement les jeunes issus de milieux défavorisés. "On répond toujours avec des punitions à tout le monde," déclare-t-il. Cenon, classée parmi les communes les plus pauvres de France, abrite une population jeune et diversifiée. Anouar critique le lien injuste établi entre les immigrés et les actes de vandalisme, rappelant que ceux qui les critiquent ont eux-mêmes des origines étrangères.
Des voix qui se lèvent
Safia, une lycéenne de 17 ans, refuse de se laisser abattre par l'image négative qui entoure les jeunes. Elle a décidé de couper les ponts avec les réseaux sociaux pour ne plus être exposée à des contenus qu'elle juge stigmatisants. "C'est beaucoup des jeunes qui font ça, mais c'est une minorité," affirme-t-elle. Elle se consacre à sa formation pour devenir pédiatre, montrant ainsi que les jeunes ont des projets constructifs en dehors des comportements délictueux.
Un regard critique sur les médias
Luca, animateur au service jeunesse, partage un point de vue similaire. "On n'a aucun discours des jeunes qui nous montrent qu'ils sont allés à Bordeaux pour faire de la casse," s'indigne-t-il. Les stéréotypes sur les jeunes continuent d'alimenter une narrative négative, alors que la réalité est plus complexe. Le maire de Cenon a confirmé que les caméras de surveillance n'ont pas détecté de mouvements suspects liés à ces événements, ce qui soulève des questions sur la façon dont les jeunes sont perçus par la société.
Vers une réflexion plus profonde
Les jeunes de Bordeaux, bien que touchés par ce couvre-feu, ne se laissent pas définir par les actions d'une minorité. Ils aspirent à être entendus et à faire valoir leurs droits. La mise en place de ce type de mesures soulève des interrogations sur la manière dont la société répond aux problèmes de sécurité. Les jeunes veulent être considérés comme des acteurs à part entière de leur ville, et non comme des boucs émissaires. Dans un contexte de tensions, il devient essentiel d'ouvrir un dialogue pour mieux comprendre les enjeux auxquels ils font face.


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