Publication le 16 juin 2026 · Mis à jour le mardi 23 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
Canicule précoce : les écoles de l'Hérault atteignent des températures alarmantes
Canicule dans les écoles de l'Hérault : jusqu'à 37°C en classe, parents et profs tirent la sonnette d'alarme
L'été n'a pas encore officiellement commencé que les salles de classe se transforment déjà en fournaises. Dans le collège Krafft à Béziers, le thermomètre est monté jusqu'à 32°C. À l'école Lakanal de Sète, le mercure a même atteint 37°C fin mai. Deux établissements, deux villes, un même constat : les fortes chaleurs précoces mettent élèves et enseignants dans une situation intenable.
Le changement climatique n'est plus une hypothèse. Les vagues de chaleur s'étendent sur des périodes plus longues chaque année. Et les écoles, conçues à une autre époque, ne suivent pas. Dans le collège Krafft, Sylvain Ladent, le principal, reconnaît son impuissance. "Chaque année, cela pose problème. Mais cette année, c'est arrivé bien plus tôt. On est désemparé, tout le collège est au soleil." Les solutions du moment ? Inviter les élèves à s'habiller plus légèrement, prendre des gourdes d'eau, multiplier les pauses boisson. Poser des carafes dans les classes. Éviter le soleil pendant les cours d'EPS. Des mesures de "bon sens", dit-il. Pas de quoi résoudre le fond du problème.
Béziers : des mots forts pour un constat alarmant
Du côté des enseignants, la colère monte. Sébastien Riberprey, représentant du personnel et professeur au collège Krafft, ne mâche pas ses mots. "Il paraît urgent d'agir. Les mots sont peut-être un peu forts mais c'est de la maltraitance pour les élèves." Il exige que le sujet des fortes chaleurs devienne une priorité nationale de la politique éducative. Pas une simple rustine apposée chaque été.
Un audit énergétique réalisé début 2026 par le Département de l'Hérault, compétent pour les collèges, a passé au crible l'ensemble des établissements. Les résultats donnent le vertige : près de 200 millions d'euros de travaux de rénovation seraient nécessaires. Problème : le budget annuel alloué aux travaux dans les collèges plafonne à 35 millions. Un gouffre. Renaud Calvat, vice-président du conseil départemental en charge de l'éducation, le reconnaît : "Il n'y a pas qu'une seule solution, il faut allier la rénovation des bâtiments..." La suite de sa réflexion reste en suspens, mais l'équation financière est déjà posée.
Sète : des parents d'élèves en colère passent à l'action
À Sète, ce ne sont pas les enseignants qui mènent la bataille, mais les parents. À l'école Lakanal, 156 élèves répartis dans sept classes suffoquent. Margot Geoffroy, parent d'élève depuis quatre ans, est devenue porte-parole de l'exaspération générale. "Le sujet revient depuis plusieurs années en conseil d'école. On soulève les problématiques aux représentants de la mairie, qui nous font des réponses molles. On nous propose des rustines. De la poudre aux yeux. Sans s'attaquer aux problèmes."
Les relevés de température transmis à la mairie sont accablants : plus de 33°C enregistrés le 26 mai dès 8h15. Et 37°C le 28 mai. Dans certaines classes, l'atmosphère devient invivable. Les instituteurs et les parents en sont réduits à apporter leurs propres ventilateurs ou des climatisations portatives. La Ville de Sète a bien répondu à l'obligation de doter chaque établissement d'une salle fraîcheur. Mais une seule salle pour toute une école ne permet pas de regrouper tous les élèves. Un dispositif insuffisant, jugé "inacceptable" par l'Association des Parents d'élèves des écoles publiques de Sète (Peps).
La riposte est prévue pour le 30 juin, à 18h, devant la mairie de Sète. Les parents organiseront une opération "école plage" pour dénoncer des conditions de travail indignes pour leurs enfants.
Des solutions urgentes, des moyens trop faibles
Les deux situations, à Béziers comme à Sète, montrent la même fracture entre l'urgence ressentie sur le terrain et la lenteur des réponses institutionnelles. D'un côté, des audits et des chiffres vertigineux. De l'autre, des "salles fraîcheur" symboliques ou des carafes d'eau en dernière minute.
Les collectivités locales sont dos au mur. Le conseil départemental de l'Hérault doit composer avec un budget travaux de 35 millions par an, quand les besoins dépassent les 200 millions. La mairie de Sète, elle, est accusée de répondre par de la poudre aux yeux. Les parents et les enseignants ne demandent pas des solutions miracles. Ils veulent que le sujet cesse d'être traité comme une fatalité saisonnière.
Le 30 juin, à Sète, on ne défilera pas avec des pancartes. On transformera le parvis de la mairie en plage. Une façon de rappeler que les enfants devraient être à l'école, pas à la plage. Et que la canicule, quand elle frappe les salles de classe, n'est pas une question de confort. C'est une question de santé publique et de dignité.


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