Publié le mardi 02 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
Changement climatique en Hérault : un rapport alerte sur les risques d'aridification et de pénurie d'eau d'ici 2050
HÉRAULT - Un rapport livré fin 2025 par l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) du fleuve Hérault, en collaboration avec BRL ingénierie et un chercheur du Giec, dessine un avenir climatique sévère pour le département. Les conclusions de cette étude de plus de 50 pages, menée sur dix-huit mois, projettent un territoire métamorphosé à l’horizon 2050.
Un réchauffement accéléré et des sols assoiffés
Le document détaille trois tendances majeures. La hausse des températures, contenue à +1,9 °C entre 1960 et 2022, s’emballe. Elle progressera en moyenne de 2 °C supplémentaires d’ici 2050. Dans le même temps, l’assèchement des sols s’aggrave. Le déficit hydrique se creuse de mai à septembre. Les débits d’étiage, eux, chutent de 15 à 40 %. Christian Vivier, directeur de l’EPTB, parle d’« aridification ». Il compare le futur climat local à celui de l’Andalousie. « Quel que soit le scénario pour les émissions de gaz à effet de serre, l’écart des prévisions est quasi nul d’ici 2050 », explique-t-il. « Pour 2050, c’est déjà plié. »
L’eau potable sous pression dans le sud du département
Le fleuve Hérault traverse le département du nord au sud. Il alimente en eau potable 600 000 personnes dans sa partie sud, d’Agde aux portes de Montpellier. Le bassin de Thau, dont Sète dépend pour son approvisionnement, est majoritairement tributaire du fleuve. La question de la pénurie se pose déjà. « On prélève déjà trop par rapport à ce que peut supporter le fleuve », reconnaît Christian Vivier. Le déficit reste faible pour l’instant, mais la baisse estivale des débits inquiète. Un atout persiste : les karsts. Ces réserves souterraines stockent les pluies hivernales et les restituent l’été. Une chance pour la partie aval, mais pas pour l’amont.
Agriculture, viticulture, conchyliculture : une cascade d’impacts
Les conséquences ne s’arrêtent pas à la ressource en eau. La baisse des débits empêchera les poissons de franchir les barrages. L’eau se réchauffe, entraînant eutrophisations et anoxies. L’agriculture et la viticulture sont en première ligne. La demande en eau des productions augmente, les cycles se décallent, le stress hydrique s’installe avec des pertes de rendement. L’élevage devra faire face à un affouragement précoce des troupeaux, faute d’herbe, et à des difficultés d’abreuvement. La conchyliculture, déjà éprouvée, anticipe des lendemains compliqués qui exigeront résilience.
Tourisme et cadre de vie menacés
Le tourisme, moteur économique local, subira de plein fouet les transformations. Surfréquentation, étés suffocants, dégradation de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques, prolifération des moustiques. La frange littorale devra composer avec le recul du trait de côte. Christophe Morgo, maire de Villeveyrac et président de l’EPTB, rapporte que dix-huit EPTB ont mené des études similaires. « Les mêmes tendances se dessinent : augmentation des températures, diminution de la recharge des nappes, intensification des pluies extrêmes. Et ça va aller plus vite ici », prévient-il.
Des préconisations pour s’adapter, un réveil nécessaire
Les résultats de l’étude ont été partagés lors d’ateliers sur tout le territoire. La Commission locale de l’eau et l’EPTB ont défini une stratégie d’adaptation. Dix-huit préconisations articulent gestion d’une ressource raréfiée, préservation des milieux aquatiques et limitation du risque inondation. Parmi elles : préserver la ressource, optimiser son utilisation, adapter le développement démographique à la disponibilité en eau, étudier une possible mobilisation du Salagou, limiter les pollutions agricoles et domestiques, restaurer les zones humides. Christophe Morgo alerte : « Le citoyen n’a pas pris conscience de ce qui va arriver. 2050, c’est demain. Les chiffres sont précis et il n’y a pas de marge d’erreur. » Une formule d’Yves Tremblay, hydrologue à l’IRD de Montpellier, résume le défi : « On a déjà vu ça dans le passé, mais à des périodes où les homo sapiens n’existaient pas encore. »

