Publié le samedi 17 octobre 2026 dans la rubrique Montpellier
"Je veux faire entendre la voix de ceux qui souffrent mais je ne veux pas l’instrumentaliser", assure Claude Guibal, reporter de guerre
Claude Guibal, reporter de guerre, a récemment publié un ouvrage qui se distingue des mémoires traditionnelles. Ce livre, ancré dans ses expériences de journaliste, tisse une toile narrative autour de ses années passées à Kiev, tout en intégrant des flashbacks révélateurs de sa carrière.
Un récit au-delà du témoignage
Guibal refuse de se limiter à un simple récit autobiographique. Il préfère explorer la complexité de son métier, surtout dans des environnements de conflit. Dans le monde du reportage radio, chaque seconde compte. Pour donner vie à une histoire, il parcourt des centaines de kilomètres et consacre des heures à interroger des témoins, mais se retrouve souvent à condenser des récits riches en une minute et quinze secondes. Ce format l'amène à ressentir une certaine amertume face à la difficulté de transmettre l'ampleur de la souffrance humaine.
Écrire pour exprimer les émotions
L'écriture littéraire lui offre une liberté qu'il ne trouve pas dans les formats courts. Guibal souhaite faire ressentir à ses lecteurs la fragilité des vies ordinaires en temps de guerre. Il souligne que le journalisme subit actuellement des pressions intenses, et il aspire à redonner une voix aux personnes touchées par le conflit, sans jamais tomber dans le piège de l'instrumentalisation.
Les rires au cœur de la douleur
Un aspect surprenant de son récit est la place accordée à l'humour même dans les situations les plus tragiques. Guibal évoque la manière dont les rires peuvent surgir dans le chaos, un phénomène rarement rapporté dans les reportages. Ces éclats de rire, bien que souvent désespérés, apportent une lumière au milieu de l'obscurité. Il insiste sur le fait que les moments non spectaculaires révèlent souvent des vérités profondes, permettant aux lecteurs de s'identifier aux souffrances des autres.
La distance entre le vécu et le récit
Guibal aborde également la difficulté de relater des scènes horrifiques, comme celle d'un homme démembré, en soulignant que certaines expériences peuvent être trop lourdes à porter. Dans le cadre de ses reportages, il a souvent ressenti l'incapacité de transmettre l'intensité de ce qu'il a vécu. Il admet que, parfois, il lui manque les mots pour décrire certaines horreurs, et il se demande si ces souvenirs sont réels tant ils ont été effacés par le traumatisme.
Un lien profond avec Montpellier
Originaire de Montpellier, Guibal revient régulièrement dans sa région natale. Elle représente pour lui une ancre, une part essentielle de son identité. Il évoque avec fierté son parcours, notamment son premier article publié dans Midi Libre, où il a fait ses débuts en tant que journaliste. En outre, il gère un domaine viticole familial à Castries, où il pratique l'agriculture biodynamique, ajoutant ainsi une autre dimension à sa vie au-delà du reportage.
À travers son livre, Claude Guibal nous invite à réfléchir sur la guerre et ses conséquences, tout en restant fidèle à son objectif : faire entendre la voix de ceux qui souffrent, sans jamais les réduire à de simples sujets d’actualité.


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