Publié le mercredi 10 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
Un employé d'armurerie écroué dans l'Hérault pour trafic d'armes et blanchiment
Trafic d'armes ou simple dérapage de passionnés aveuglés par leur hobby ? La question taraude les enquêteurs. Dans l’Hérault, trois personnes ont été arrêtées ces dernières semaines. Deux d’entre elles ont été écrouées après leur mise en examen, fin mai, pour acquisition d’armes et blanchiment.
Des "switch Glock" vendus librement sur internet
Tout commence il y a un an. Les douanes alertent les forces de sécurité intérieure sur un phénomène repéré en ligne. Plusieurs plateformes grand public proposent à la vente des "switch Glock". Ce sont de petits accessoires, en métal ou en plastique, qui transforment un pistolet semi-automatique en arme capable de tirer en rafale.
Les Glock, ces pistolets 9 mm de fabrication autrichienne, sont répandus en France. La police, la gendarmerie et les forces armées les utilisent. Les tireurs sportifs aussi. On les retrouve parfois sur le marché parallèle du banditisme. Avec le switch, ils basculent en catégorie A, celle des armes de guerre.
Un tireur sportif au cœur du réseau
Parmi les acheteurs de ces dispositifs, un tireur sportif montpelliérain attire l’attention. Les gendarmes saisissent chez lui deux Glocks et un fusil à pompe. L’enquête révèle qu’il entretient des liens réguliers avec un jeune employé d’une armurerie d’un village héraultais.
Ce dernier achète aussi des switch Glock. Il propose même d’aider les futurs propriétaires à les installer. Et il le fait avec une vidéo à l’appui. De quoi faciliter la tâche à ceux qui veulent passer à la vitesse supérieure.
Autre découverte qui inquiète les enquêteurs : un groupe WhatsApp baptisé "Los Pistoleros". Il rassemble des amateurs d’armes à feu. L’examen des échanges montre une habitude bien ancrée : des séances de tir sauvage en pleine nature, dans les forêts de l’arrière-pays héraultais et gardois. Les participants ne prennent aucune précaution pour vérifier que des randonneurs ne se trouvent pas dans le secteur lorsqu’ils ouvrent le feu.
Un arsenal non déclaré chez l’armurier
Lors de la perquisition chez le jeune armurier, les gendarmes mettent la main sur un véritable arsenal. Et largement non déclaré. Six pistolets semi-automatiques, un revolver, un millier de munitions. Mais aussi un brassard de la Gendarmerie nationale et deux gilets pare-balles. Sans oublier de l’argent liquide, des pièces d’or et d’argent, et des traces d’investissement en cryptomonnaies.
Le groupe WhatsApp, dont il était l’administrateur, a été supprimé entre-temps. Lui admet avoir participé aux séances de tirs en pleine nature avec des armes trafiquées. Mais sur le reste, il se montre peu coopératif. Pendant les trois jours de sa garde à vue, puis devant le juge d’instruction, il refuse de déverrouiller son téléphone. Il ne répond pas aux questions.
La justice craint une récidive
Ce mardi, devant la cour d’appel de Montpellier, l’avocat général s’oppose à toute remise en liberté. "Compte tenu de son refus de collaborer, on peut penser qu’il pourrait à nouveau s’adonner à du trafic d’armes", argue-t-il.
Le jeune homme répond avec aplomb : "C’est vrai que si on réfléchit un minimum, je ne vais pas réitérer les faits. Je dois préparer et passer mes examens en juillet, j’ai déjà passé les écrits." La cour rendra sa décision le 16 juin.

