Publié le vendredi 19 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
Un influenceur de Lodève jugé pour incitation à la haine en ligne
Un influenceur de Lodève, dans l'Hérault, comparaissait jeudi 11 juin devant le tribunal correctionnel de Montpellier. Il est poursuivi pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion, après la publication de vidéos sur TikTok et Instagram.
Des vidéos qui ont alerté le parquet
Les contenus postés par ce quadragénaire ont été signalés au parquet de Paris, au pôle national de lutte contre la haine en ligne. L'enquête a ensuite été confiée aux gendarmes de la brigade de recherches de Lodève. Dans ses publications, l'homme tenait des propos comme "les Juifs ont tous les droits", "la France est devenue Israël" ou encore "ils montrent des vidéos du génocide palestinien pour vendre leurs armes".
L'Observatoire juif français et la Licra, qui ont déposé plainte, se sont constitués parties civiles dans ce dossier.
La célébration d'Hanouka à Béziers au cœur des critiques
Parmi ses cibles, l'Héraultais visait la célébration de la fête juive d'Hanouka organisée à la mairie de Béziers. Il dénonçait aussi les affiches installées dans la ville à cette occasion. Dans le même temps, il se plaignait de la "censure" que subiraient les musulmans.
À la barre, il a soutenu ne pas avoir lancé d'appel à la haine. "Je m'adresse à la mairie de Béziers", a-t-il affirmé, expliquant vouloir défendre le principe de laïcité. La présidente du tribunal, Alix Fredon, l'a interrogé : "Pourquoi dites-vous 'ils peuvent faire ce qu'ils veulent' ? Cela apparaît comme un reproche fait aux Juifs". L'intéressé a rétorqué : "Je n'ai incité personne à se soulever".
Un discours qui tombe sous le coup de la loi selon les parties civiles
L'avocat de la Licra, Me David Mendel, a balayé les justifications de l'influenceur : "On va vous dire, 'je suis là pour dénoncer ce qu'il se passe en Palestine' ou 'je défends la laïcité'. Mais oui, monsieur, ce que vous dites, c'est de l'antisémitisme. Vous êtes dans l'incitation à la haine contre les Juifs". Il a demandé un euro symbolique au titre du préjudice subi.
Me Maël Suchon, pour l'Observatoire juif français, a renchéri : "Sous les propos contre Israël et la Mairie de Béziers, il y a un antisémitisme à peine caché". Il a rappelé à l'influenceur sa responsabilité en tant que créateur de contenu : "Sous couvert d'antisionisme, il y a un antisémitisme déguisé".
Le procureur, Marco Scuccimarra, a estimé que dans cette affaire, "le seuil de la liberté d'expression a été franchi". Il a ajouté : "On a le droit d'avoir une opinion, mais il ne faut pas tout mélanger. Les amalgames peuvent entraîner un glissement vers une autre façon de manifester de l'antisémitisme".
La défense plaide la maladresse
L'avocate du Lodévois, Me Emilie Guillaume, a vu dans les propos de son client sur la célébration d'Hanouka "des propos maladroits, mais pas antisémites". Selon elle, "il ne critique pas les personnes qui sont de confession juive. Il donne un avis personnel sur le manque de laïcité".
Elle a souligné que les vidéos suscitaient des échanges : "Dans les commentaires, énormément de personnes sont en désaccord avec ses propos. Il en est ravi au nom du débat".
Quatre mois requis, délibéré en septembre
Le prévenu avait déjà été condamné en 2025 pour apologie publique d'un acte de terrorisme, après une précédente publication sur la Palestine. Le procureur a requis quatre mois de prison à aménager sous bracelet électronique. Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Elle sera rendue le 10 septembre prochain.


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