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Publié le vendredi 05 juin 2026 dans la rubrique Nantes

À Nantes, le cri d'alarme d'une militante face à la dérive des jeunes dans le narcotrafic

Louisa Battoy, fondatrice de « Casse ta routine », alerte sur le délaissement des quartiers nord de Nantes et l'engrenage du trafic chez les jeunes. Un appel aux pouvoirs publics.

Le 4 juin, un jeune homme à peine majeur est tombé sous les balles à La Bottière, à Nantes. C’était le quatrième en deux mois. Dans ce quartier nord de la Loire-Atlantique, Louisa Battoy, figure associative du terrain, tire la sonnette d’alarme.

Une militante de l’ombre face à la violence

Louisa Battoy habite le secteur du Chêne des Anglais depuis trente ans. Elle a vu passer les années et les violences. Passages à tabac, tirs d’armes de guerre, règlements de comptes. Tout s’est intensifié. Serge, 22 ans, Elidjah, 15 ans, Tayron, 20 ans. Quatre prénoms, quatre vies fauchées. La quinquagénaire ne compte plus les matins où elle apprend la mort d’un jeune.

Elle est connue dans les quartiers nord. Son association, « Casse ta routine », elle l’a créée à la fin des années 2000. À l’époque, elle voyait des adolescents errer, séduits par l’argent facile du trafic. Sa mission : les aider à résister ou à sortir de cet engrenage. Aujourd’hui, la structure emploie des salariés et dispose d’un local d’accueil ouvert en 2023. Une évolution qui ne la réjouit pas. « J’aurais aimé ne plus avoir à faire ce travail », confie-t-elle.

Des générations sacrifiées

Depuis la création de son association, Louisa Battoy a accompagné quatre générations de jeunes. Et son constat est amer. « Nos jeunes vont mal. Ils sombrent de plus en plus tôt dans la délinquance », affirme-t-elle.

Cette analyse est partagée par Fabrice Rizzoli, spécialiste de la grande criminalité. Selon le politologue, les réseaux de narcotrafic utilisent ces adolescents comme exécutants. Des mineurs, parfois, embauchés pour assassiner des inconnus contre de l’argent. « De jeunes exécutants servent de chair à canon, facilement remplaçables », explique-t-il.

Faut-il en conclure que les jeunes sont plus violents qu’avant ? Louisa Battoy refuse cette lecture. Le trafic et les comptes à régler ne datent pas d’hier. « Si la situation s’aggrave, c’est le résultat d’années de délaissement des quartiers populaires par les institutions », assène-t-elle.

Isolés, sans perspectives, sans rêves

La militante pointe du doigt les inégalités. L’accès à l’emploi est un parcours d’obstacles. Les jeunes n’ont plus de perspectives. « Quand on n’a plus de rêve, on n’a plus rien à perdre », lâche-t-elle. L’argent, dit-elle, reste le nerf de la guerre. Face aux difficultés, certains voient dans le trafic une solution rapide.

Son travail quotidien consiste à déconstruire ce discours. Parfois, elle réussit. Mais elle se heurte au manque de moyens. « C’est un travail collectif, avec les institutions. Nous manquons cruellement de moyens humains et financiers pour faire de la prévention à la hauteur des enjeux », insiste-t-elle.

La police de proximité, une époque révolue

Louisa Battoy regrette la disparition de la police de proximité, supprimée en 2003 sous Nicolas Sarkozy. À l’époque, les agents connaissaient le prénom des jeunes. Ils organisaient des tournois sportifs. Une relation de confiance s’installait. « On essaie de dire à nos jeunes que tous les policiers ne sont pas méchants… mais comment faire quand il n’y a que de la répression ? » interroge-t-elle.

Selon elle, la répression seule ne fonctionne pas. Le lien est rompu. Et les coupes budgétaires n’arrangent rien. Elle cite la suppression des subventions régionales aux missions locales, décidée par la Région Pays de la Loire en 2025. « Cela dégrade leur capacité d’accompagnement, qui vient pourtant compléter la nôtre », déplore-t-elle.

Un appel aux pouvoirs publics

La fondatrice de « Casse ta routine » ne mâche pas ses mots. « On n’arrête pas de mettre des bâtons dans les roues de nos jeunes. Il faut en finir avec les grands discours et les micros solutions. » Son cri du cœur est clair : « On doit aider nos jeunes, ils sont l’avenir de nos quartiers. »

Elle appelle les pouvoirs publics à entendre les acteurs de terrain. « Nous devons nous mettre autour d’une table et nous poser ces questions : comment en est-on arrivé là et comment en sortir ? »


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