Publié le mercredi 23 septembre 2026 dans la rubrique Nantes
"C'est faire le deuil de ce que l'on a connu quand on était enfant", l'éco-anxiété touche de plus en plus de personnes
Dans la ville de Nantes, la problématique de l'éco-anxiété prend de l'ampleur. Les événements climatiques extrêmes, tels que les feux de forêt, les canicules et une sécheresse persistante, exacerbent une inquiétude profonde chez de nombreux citoyens. En France, environ 15 millions de personnes se disent touchées par ce phénomène, un chiffre en hausse de 20 % depuis 2024.
Doriane Blottière : un témoignage poignant
Doriane Blottière, ancienne professionnelle de la protection de l'environnement, a quitté son emploi après douze ans de lutte contre les enjeux écologiques. Son récit illustre la détresse causée par l'éco-anxiété. "C'est du désespoir, de la tristesse, de la colère, et un sentiment d'impuissance", partage-t-elle, les larmes aux yeux. Pour elle, il s'agit d'un véritable processus de deuil, celui de la nature qu'elle a connue durant son enfance. "Savoir que maintenant c'est irréversible", ajoute-t-elle en évoquant les conséquences des canicules et des incendies de l'été.
Les conséquences sur la faune et la flore
Doriane s'inquiète également de la survie des animaux dans un environnement de plus en plus hostile. "Les écureuils, les hérissons, les renards... Où trouvent-ils de l'eau quand il n'y a même pas de rosée le matin ?", questionne-t-elle. L'absence de fruits et de fleurs pour nourrir la faune accentue son angoisse. Elle se demande ce qu'il adviendra si ces conditions climatiques se maintiennent sur plusieurs étés consécutifs.
Un phénomène généralisé
Le sondage mené lors des canicules en Gironde révèle que plus de 15 millions de Français souffrent d'éco-anxiété à divers niveaux. Ce sentiment d'inquiétude s'accompagne parfois de troubles du sommeil, d'une perte d'appétit et de difficultés relationnelles. Arnaud Sapin, doctorant en psychologie sociale à l'Université de Nantes, souligne que cette réaction est normale face à l'urgence climatique. "La peur ressentie est sensée", explique-t-il, car elle reflète un décalage entre les actions possibles et la gravité de la situation environnementale.
Les jeunes touchés
Selon les recherches sur l'éco-anxiété, les jeunes âgés de 15 à 24 ans constituent le groupe le plus touché. Ils expriment des niveaux d'inquiétude significativement plus élevés que ceux des 35-64 ans. Les retraités, bien que moins touchés par l'éco-anxiété, se montrent de plus en plus fatalistes face à l'avenir.
La nécessité d'en parler
Hélène Jalin, thérapeute et chercheuse en psychologie environnementale, constate que de nombreux adultes s'inquiètent pour l'avenir de leurs enfants. "Certains de mes patients ne souhaitent même plus avoir d'enfants", indique-t-elle. Elle insiste sur l'importance de parler de ces préoccupations pour éviter de sombrer dans l'impuissance. "Agir de manière constructive est essentiel", souligne-t-elle, tout en mettant en garde contre le risque de se noyer dans des informations anxiogènes.
Une réponse collective à l'éco-anxiété
Pour répondre à cette urgence, Hélène Jalin a cofondé RAFUE, un réseau de professionnels dédié à l'accompagnement des personnes éco-anxieuses. Cette initiative vise à offrir un espace d'écoute et de soutien, permettant aux individus de partager leurs sentiments de colère et d'impuissance. Doriane, quant à elle, a choisi de prendre du recul par rapport à son engagement, une décision qu'elle considère comme nécessaire pour préserver sa santé mentale et nourrir sa résilience.


Laisser un commentaire
Votre commentaire sera vérifié avant sa publication.