Publié le dimanche 31 mai 2026 dans la rubrique Normandie
Deux marins amateurs traversent la Manche sur un voilier des années 60, sans technologie moderne
À Saint-Valery-en-Caux (Seine-Maritime), deux marins amateurs viennent de réaliser un exploit nautique pour le moins singulier. Le 8 mai dernier, François-Xavier Mansart et Francis Brunneval ont traversé la Manche à bord d’un courlis, un petit voilier de pêche de cinq mètres construit en 1967. Sans GPS, sans instruments électroniques, uniquement guidés par un compas et une carte marine.
Un défi né d’une vieille idée
L’aventure germait depuis longtemps dans l’esprit de François-Xavier. Il en avait parlé autour de lui, sans forcément y croire. Francis, lui, a entendu. Et il a tranché : "Si tu veux le faire, on y va tous les deux." Une phrase qui a scellé le pacte. Les deux hommes ne sont pas des novices. Leur passion pour la mer et la navigation traditionnelle remonte à plusieurs décennies. À 80 ans, Francis Brunneval est le doyen de l’équipage. Un âge qui n’a entamé ni son enthousiasme ni sa détermination.
Seize heures pour rallier l’Angleterre
Partis de Saint-Valery-en-Caux, ils ont mis le cap sur Shoreham-by-Sea, à l’ouest de Brighton. La traversée a duré seize heures. Une navigation entièrement "à l’ancienne", comme le souligne Francis. Pas d’écran, pas de signal satellite. Juste un bon compas et une carte soigneusement étudiée. Une approche qui peut sembler radicale, mais qui témoigne d’un savoir-faire éprouvé.
Ce n’était pas une simple escapade. Les deux marins cumulent des dizaines d’années d’expérience en mer. Une condition indispensable pour affronter l’une des routes maritimes les plus fréquentées du monde avec un bateau de cinq mètres.
Un bateau préparé tout l’hiver
Le "Veulais" – c’est le nom de l’embarcation – a demandé une préparation minutieuse. Francis s’est attelé à la tâche durant tout l’hiver. Il a consolidé le pied de mât, vérifié le moteur, optimisé les couchettes. Chaque détail a été passé en revue pour fiabiliser ce petit bolide des mers. Car ces bateaux, aussi maniables soient-ils, n’ont jamais été conçus pour le grand large.
Un patrimoine maritime normand
Les courlis de la Manche étaient destinés à la pêche côtière en Normandie, dans les années 1960 et 1970. Leur tirant d’eau élevé leur permet de s’échouer dans les estuaires ou sur les vasières. Une souplesse qui évite les marinas. Mais la haute mer reste un terrain inhabituel pour ces embarcations. David Jeannes Johnsson, président de l’association "Reste à bord", le confirme : cette traversée est "exceptionnelle".
Son association, créée en 2004, a restauré une dizaine de bateaux de ce type. Le "Veulais" fait partie des rescapés. "Tout est fait par les membres. On a peu de moyens mais une grande passion", explique-t-il. L’objectif n’est pas seulement de restaurer, mais de faire naviguer ces témoins du passé. On les croise d’ailleurs lors de grands rassemblements comme Fécamp Grand’Escale.
L’envie de repartir
De retour sur les quais de Saint-Valery-en-Caux, François-Xavier et Francis ne cachent pas leur émotion. "Tout à l’heure, j’ai déplié une carte. Cela m’a immédiatement donné envie de repartir." L’appel du large est toujours là. Le "Veulais" pourrait bien retraverser la Manche. Juste pour le plaisir. Parce que ces bateaux, et ceux qui les font vivre, n’ont pas fini d’écrire leur histoire.

