Publié le mercredi 10 juin 2026 dans la rubrique Normandie
Grève SNCF : le témoignage poignant de Sabrina François, cheminote normande
Le mercredi 10 juin 2026, Sabrina François, cheminote à la SNCF depuis 26 ans, a décidé de participer à une journée de grève pour faire entendre son mal-être professionnel. Cette mobilisation, qui a vu près de la moitié des cheminots en grève selon la CGT, vise à alerter sur les conditions de travail dégradées au sein de l'entreprise. Les impacts sont déjà visibles, avec des centaines de trains annulés, laissant de nombreux voyageurs dans l'incertitude.
Un parcours professionnel en mutation
Sabrina a débuté sa carrière en 2000 avec un contrat de qualification, alors que la SNCF était encore une entreprise intégrée. Elle se souvient de ses débuts à Oissel, où elle avait des responsabilités variées, allant des départs de trains aux attelages. Cependant, avec la restructuration de l'entreprise, son rôle a été progressivement limité. À partir de 2003, elle a été affectée uniquement aux infrastructures, perdant ainsi son droit de donner le départ d'un train.
Les changements ne se sont pas arrêtés là. Sabrina a été transférée à plusieurs reprises, d'abord au port de Rouen puis à Sotteville-les-Rouen, une gare de triage qui a perdu son activité. Elle explique que les suppressions de postes étaient fréquentes, créant un climat d'angoisse. "Psychologiquement, vous vous levez le matin et vous ne savez pas pourquoi vous devez aller travailler", témoigne-t-elle.
La détresse des cheminots
Les difficultés rencontrées par Sabrina ne sont pas isolées. Elle évoque des collègues de 50 ans, en larmes, perdus face à un système qui les incite à retrouver du travail sans leur offrir de réelles perspectives. Au sein du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, les suppressions de postes étaient devenues une routine, avec des réunions fréquentes pour gérer cette crise.
Une reconversion difficile
À 33 ans, Sabrina a pris la décision de reprendre ses études, obtenant un BTS en alternance. Elle espérait un avenir meilleur dans le service informatique, un secteur en quête de renforts. Mais, à peine diplômée en 2015, on lui a demandé de retourner au fret, une option qu'elle ne pouvait envisager. "J'avais l'impression de me perdre une nouvelle fois", confie-t-elle, soulignant le mal-être qu'elle ressentait face à ce retour en arrière.
Un sentiment d'invisibilité
Engagée au sein de la CGT, Sabrina se bat pour faire entendre la voix des cheminots. "On nous dit que nous ne servons à rien", déplore-t-elle. Cette phrase résonne comme une violence symbolique, tandis qu'elle témoigne des suppressions de postes qui ont marqué sa carrière. Le terme "mission" a remplacé celui d'"emploi pérenne", ajoutant à l'angoisse des salariés, qui doivent s'adapter à des changements constants imposés par la direction.
Les conséquences sur la vie personnelle
La pression au travail a des répercussions sur la vie personnelle de Sabrina. Elle évoque un collègue qui, après avoir subi de multiples suppressions de postes, a tragiquement mis fin à ses jours. Pour sa part, Sabrina a dû faire face à un divorce, conséquence directe de son mal-être au travail. "On est chez nous, on s'enferme d'un côté, on pleure dans notre coin", raconte-t-elle, illustrant la souffrance que vivent de nombreux cheminots.
de crise, Sabrina François et ses collègues souhaitent rappeler à la direction de la SNCF qu'ils existent et qu'ils ont des droits. La mobilisation du 10 juin est une étape de plus dans leur lutte pour des conditions de travail dignes et un avenir professionnel stable.

