Publié le vendredi 12 juin 2026 dans la rubrique Normandie
"On n’est pas des super-héros": une exposition brise le tabou de la souffrance des soignants
À Saint-Sébastien-de-Morsent, dans l'Eure, l'hôpital de la Musse accueille une exposition immersive qui vise à sensibiliser les étudiants en santé sur un sujet souvent négligé : la souffrance psychologique des soignants. Ce parcours innovant met en lumière l'importance de la santé mentale dans un secteur où près d’un professionnel sur deux fait face au burn-out durant sa carrière.
Une exposition innovante
Dans les couloirs de l'Institut de Formation de l’hôpital, les futurs soignants découvrent "Pose ta blouse", une exposition qui cherche à briser le silence autour de la santé mentale des soignants. Conçue par huit étudiantes en santé de la Manche, cette initiative propose un parcours immersif qui sensibilise les jeunes professionnels aux dangers du stress et de l’épuisement.
Des témoignages révélateurs
Les étudiants en première année d’ergothérapie, Estelle Fournier et Mathilde Emery, partagent leurs expériences personnelles. Estelle évoque des moments difficiles vécus lors de son stage en gériatrie, face à des patients angoissés par la mort. De son côté, Mathilde souligne la complexité de maintenir une distance émotionnelle tout en restant professionnelle : "On n’est pas des super-héros non plus". Cette phrase résume parfaitement le message central de l’exposition.
Les messages clés de l'exposition
À travers divers espaces thématiques, l'exposition encourage les étudiants à reconnaître les signaux d’alerte liés à la surcharge mentale. Des panneaux d'information délivrent des conseils pratiques, tels que respecter son rythme de sommeil ou s'exposer à la lumière du jour le matin. L'objectif est clair : inciter les futurs soignants à s'exprimer sur leurs difficultés avant qu'elles ne deviennent ingérables.
Des statistiques alarmantes
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon des études nationales, près de 50 % des soignants rapportent avoir déjà été confrontés à un burn-out. Plus préoccupant encore, l'Intersyndicale Nationale des Internes révèle que un interne se suicide tous les 18 jours en France. Ces données témoignent d’un mal-être persistant dans une profession qui se consacre aux autres.
Le soutien aux soignants
Sur le terrain, les enseignants et professionnels de santé insistent sur l'importance de détecter les fragilités le plus tôt possible. Lina Mauté, enseignante, souligne l'importance d'écouter les étudiants pour les aider à surmonter leurs difficultés. Estelle Fournier, par exemple, a trouvé du soutien en partageant ses expériences avec sa famille, ses amis et ses tuteurs.
Des dispositifs d'accompagnement en Normandie
En Normandie, plusieurs initiatives existent pour soutenir les soignants en détresse. L'association MOTS offre un accompagnement par les pairs via une plateforme d'écoute, avec un appel quotidien d'un à deux professionnels. Cependant, le Dr Marc Durand-Réville, gynécologue et vice-président de l'association, note que ces interactions restent insuffisantes.
Pour répondre à ce besoin, une unité spécialisée en psychiatrie pour soignants a été mise en place à Yvetot, en Seine-Maritime. Ces dispositifs s'inscrivent dans une démarche plus large, portée par l'Union Régionale des Médecins Libéraux de Normandie, visant à prévenir l'épuisement professionnel et à promouvoir le bien-être des soignants.

