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Publié le dimanche 31 mai 2026 dans la rubrique Strasbourg

Lili Sohn illustre la lutte de Kolbsheim contre le Grand contournement ouest

Lili Sohn illustre la lutte de Kolbsheim contre le Grand contournement ouest à travers sa bande dessinée « Mon village révolté », révélant une résistance locale forte.

Kolbsheim (Bas-Rhin). En 2024, l'illustratrice Lili Sohn retrouve ce village alsacien qu'elle avait quitté vingt ans plus tôt. Elle y participe au festival « 10 jours vert le futur », événement né de la contestation du Grand contournement ouest (GCO). De cette plongée dans la mémoire locale naît une bande dessinée, « Mon village révolté », qui retrace dix années de lutte.

Le retour aux sources d'une dessinatrice

Lili Sohn n'était plus revenue à Kolbsheim depuis deux décennies. Sa famille avait quitté les lieux depuis longtemps. Invitée comme dessinatrice au festival local, elle réalise des affiches, dialogue avec les habitants et anime un atelier intitulé « Imagine ton village de demain ». vite, la nostalgie cède la place à autre chose : la mémoire collective d'un territoire bouleversé.

Derrière l'autoroute de 24 kilomètres inaugurée en 2021 se cache une histoire de résistance. Un village rural a combattu pendant dix ans pour empêcher ce projet à 475 millions d'euros, censé désengorger Strasbourg. Les habitants craignaient qu'un axe européen du transport routier ne vienne perturber leur équilibre local. Leur combat n'a pas abouti. Mais l'autrice en retrace les grandes étapes à travers ses planches.

Une idée née dans les années 1970

Dès 1975, l'idée d'un contournement autoroutier à l'ouest de Strasbourg émerge. Le projet ne s'impose réellement dans le quotidien des habitants qu'au début des années 2000. En 2001, le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, découvre à la Direction départementale de l'équipement plusieurs tracés possibles. L'un d'eux passe à proximité immédiate du village.

La contestation s'organise rapidement. En 2003, un collectif baptisé « GCO non merci » voit le jour. Il rassemble des profils variés : militants écologistes d'Alsace Nature, agriculteurs, élus locaux. Un assemblage « contre nature tellement il était hétéroclite », selon l'ancien maire. Une seule convergence les unit : empêcher la construction de l'autoroute.

En 2005, les opposants passent à l'action. Environ 250 tracteurs bloquent symboliquement le tracé du projet. Les institutions avancent néanmoins. En 2006, les principales collectivités locales se prononcent en faveur du GCO. L'enquête publique est validée, puis le Conseil d'État entérine le projet en 2008.

Un conflit aux dimensions européennes

Dans la BD, le conflit dépasse largement les frontières de l'Alsace. Pour les opposants, le GCO n'est pas un simple périphérique strasbourgeois. C'est un axe inscrit dans un réseau logistique européen, reliant les ports du nord du continent au sud de l'Europe. Dany Karcher résume cette conviction : « Cette autoroute n'est faite ni pour Strasbourg, ni pour l'Alsace. » Une autre expression revient en leitmotiv : celle d'un « couloir à camions de l'Europe », renforcé par l'absence d'écotaxe en France.

Au fil des planches aux couleurs vives, le lecteur replonge dans les années de procédures et de recours. Contre-expertises, enquêtes publiques, actions en justice : les opposants utilisent tous les leviers. Pollution, nuisances sonores, protection du grand hamster d'Alsace, atteintes à la biodiversité deviennent autant de nouveaux fronts.

Le dossier traverse aussi des hésitations politiques. Plusieurs responsables nationaux expriment tour à tour des réserves ou des critiques. Jean-Louis Borloo, Nicolas Hulot, Élisabeth Borne émettent des doutes, avant de soutenir finalement le projet. En 2016, le chantier franchit une étape décisive : Vinci est retenu pour construire et exploiter l'autoroute. Le concessionnaire prévoit un financement reposant sur des péages élevés et un prêt des institutions européennes.

La ZAD et le basculement de 2018

À partir de 2017, la contestation change de forme. Une ZAD s'installe sur le tracé : la « ZAD du Moulin ». Ce lieu de résistance devient aussi un lieu de vie, avec cabanes, assemblées et fêtes improvisées. Mais les tensions y coexistent : habitants mobilisés et zadistes venus d'horizons divers s'y côtoient. Lili Sohn décrit une lutte qui se cherche, entre attachement local et radicalisation de certaines pratiques. Jusqu'où aller pour se faire entendre ? Faudrait-il adopter des formes de contestation plus violentes ?

Pendant ce temps, l'administration accélère. Malgré plusieurs avis défavorables, dont ceux de deux enquêtes publiques et de cinq organismes d'État - parmi lesquels le Conseil national de protection de la nature - le préfet signe l'autorisation environnementale.

L'été 2018 marque un basculement. Le 10 septembre


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