Publié le dimanche 07 juin 2026 dans la rubrique Strasbourg
Un nouvel outil pour combattre les violences envers les personnes handicapées
Illkirch-Graffenstaden, dans le Bas-Rhin, voit naître un outil inédit pour lutter contre les discriminations liées au handicap. Laetitia Rebord, paire-aidante installée dans cette commune, a imaginé le « validistomètre ». Ce document vise à mesurer les violences spécifiques que subissent les personnes handicapées.
Un constat partagé par des militantes
Laetitia Rebord souffre elle-même d’une maladie neuromusculaire rare. Elle accompagne professionnellement d’autres personnes handicapées sur les questions de santé sexuelle, via son entreprise Sexpair. Forte de son expérience personnelle et des témoignages recueillis en consultation, elle a planché sur cet outil.
Pour le développer, elle s’est associée à des militantes du collectif les Dévalideuses et à Chiara Kahn, autrice et journaliste handi-féministe paraplégique. Ensemble, elles ont confronté leurs vécus, leurs handicaps différents. « Ça n’est pas complètement exhaustif, sinon ça ferait 35 pages », plaisante Laetitia Rebord. Le groupe a veillé à rendre l’outil accessible aux personnes malvoyantes. Un format audio est également en préparation.
Un code couleur inspiré du violentomètre
Le validistomètre reprend les codes du « violentomètre », cet outil déjà visible dans certains lieux publics pour évaluer les relations conjugales. Il se présente sous forme de trois zones colorées. Le vert indique une relation saine. L’orange signale un niveau de vigilance. Le rouge écarlate alerte sur un danger immédiat. Un rappel des numéros d’urgence figure en bas du document.
Publié le 8 mars, le validistomètre a déjà été envoyé à divers organismes et institutions. « Même les plannings familiaux se sont rendu compte qu’ils n’y avaient pas pensé », rapporte Laetitia Rebord. Une preuve, selon elle, que les personnes handicapées restent souvent oubliées, y compris dans les espaces féministes. « On a l’impression d’être moins considérées en général, même dans le féminisme », regrette-t-elle.
Des violences souvent invisibles
Les premiers retours montrent que l’outil répond à un besoin réel. Beaucoup se reconnaissent dans la zone orange, celle de la vigilance. « Le validisme ne commence pas forcément par une violence extrême et visible, heureusement, explique Laetitia Rebord. Mais ça peut passer par de l’infantilisation, de la culpabilisation, une dépendance organisée autour des questions de handicap. »
Les femmes et les minorités de genre en situation de handicap subissent des formes spécifiques de contrôle et de domination dans leurs relations intimes. Le validistomètre a déclenché des discussions inconfortables mais nécessaires dans certains couples. « Certaines personnes se sont rendu compte qu’elles s’approchaient du validisme sans le vouloir », relate la fondatrice de Sexpair.
Un outil amené à s’élargir
Le collectif à l’origine du validistomètre ne compte pas s’arrêter là. Une réflexion est déjà engagée pour étendre l’outil à d’autres types de relations. Les violences validistes ne se limitent pas aux relations amoureuses ou sexuelles. Elles existent aussi dans le cadre familial, médical ou professionnel.
« Un ou une bonne partenaire doit avoir conscience qu’à partir du moment où il y a une dépendance, physique ou autre, des rapports de pouvoir s’installent », insiste Laetitia Rebord. Le collectif espère diffuser massivement le validistomètre, via des personnes directement concernées, et jusque dans des lieux non spécialisés. L’objectif : faire reculer une oppression encore trop peu reconnue.

