Publié le lundi 11 mai 2026 dans la rubrique Suisse
Des chercheurs explorent les mécanismes des séismes dans un laboratoire unique sous les Alpes suisses
Au cœur des Alpes suisses, plus précisément dans le tunnel de ventilation long de 5,2 kilomètres menant au tunnel ferroviaire de la Furka, se trouve le «BedrettoLab». Ce laboratoire unique permet aux chercheurs d’explorer les mécanismes des tremblements de terre en provoquant des micro-séismes dans un environnement contrôlé. L'objectif de cette initiative est d'améliorer nos connaissances sur la sismicité tout en cherchant à limiter les risques associés.
Une recherche innovante
Domenico Giardini, professeur de géologie à l', est l'un des principaux visages de ce projet. En inspectant une fissure dans le tunnel, il a exprimé son enthousiasme : «C’est une réussite!». L’ambition du laboratoire est de comprendre les dynamiques qui se produisent en profondeur lorsqu'un séisme se déclenche. Grâce à la présence d’un kilomètre et demi de montagne au-dessus, les scientifiques peuvent observer les failles géologiques de près et même induire des mouvements en utilisant de l'eau.
Des expériences inédites
Dans cette aventure scientifique, les chercheurs ont réalisé l’expérience «Fault Activation and Earthquake Rupture», qui a eu lieu fin avril. Pendant quatre jours, une équipe de scientifiques européens a injecté 750 mètres cubes d'eau dans les parois rocheuses du tunnel pour provoquer un séisme d'une magnitude de 1. M. Giardini précise : «Nous ne créons pas une nouvelle faille... Nous facilitons simplement son mouvement». Aucun membre de l’équipe ne se trouvait dans le tunnel au moment de l’expérience, qui était orchestrée à distance depuis Zurich.
Résultats et perspective
Au final, près de 8 000 événements sismiques ont été générés autour de la faille ciblée, donnant lieu à des magnitudes variant entre -5 et -0,14. Même si l'objectif de magnitude 1 n’a pas été atteint, Giardini souligne que les avancées sont significatives et ouvertes à de futures tentatives. De telles expérimentations permettent également de mieux appréhender les risques naturels liés à l'extraction et autres activités souterraines.
La recherche en cours pourrait ainsi s'avérer précieuse pour la gestion de futurs projets souterrains. Giardini rappelle des incidents passés, comme le séisme de magnitude 5,4 en Corée du Sud, qui a été provoqué par des injections d’eau. La compréhension des interactions entre l'eau et les failles est cruciale, car cela pourrait prévenir de futurs séismes indésirables. Comme il l’affirme, «Nous devons apprendre à le faire de manière plus sûre» pour minimiser les risques associés aux activités souterraines.

