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Publié le vendredi 12 juin 2026 dans la rubrique Suisse

En Suisse, les manifestations sont moins radicales qu’ailleurs, mais tout aussi fréquentes

À Lausanne, dans le canton de Vaud, les émeutes d'août 2025 ont surpris jusqu'au magazine britannique The Spectator, qui a tenu à préciser que les scènes

À Lausanne, dans le canton de Vaud, les émeutes d'août 2025 ont surpris jusqu'au magazine britannique The Spectator, qui a tenu à préciser que les scènes de violence ne se déroulaient pas « à Paris ou Lyon », mais sur les rives du lac Léman, dans une Suisse réputée paisible. Pourtant, derrière le cliché d'un pays de règles et de tranquillité, les Suisses descendent dans la rue aussi souvent que leurs voisins européens. La différence tient à la forme, pas au fond.

Un paradoxe suisse : émeutes rares, colères réelles

Le politologue Marco Giugni, de l'Université de Genève, le confirme : les manifestations helvétiques sont globalement moins radicales qu'en Allemagne, en Italie ou en France. Quelques épisodes violents ont pourtant marqué l'histoire récente : les mouvements squatters des années 1980, l'extrémisme de droite, les altermondialistes. En 2003, Genève a connu des heurts en marge du sommet du G8 à Évian, un souvenir qui refait surface alors que la ville se prépare à accueillir le G7 en juin 2025.

Mais ces dérapages restent l'exception. La pacification des manifestations s'explique d'abord par le système politique suisse. Les citoyens disposent de leviers démocratiques directs – référendums, initiatives – qui canalisent les revendications. Le fédéralisme multiplie les « points d'accès » pour se faire entendre. Et les autorités adoptent une attitude permissive envers les rassemblements, à l'inverse de la France centralisée et de sa gestion plus stricte.

Fréquence dans la moyenne européenne, sujets en évolution

Si la violence est moindre, le nombre de manifestations, lui, reste dans la norme européenne. Une étude de 2020 plaçait la Suisse dans la moyenne. Depuis, certaines villes comme Berne ont enregistré une légère hausse. Les motifs ont changé : les grèves et les mobilisations socio-économiques, longtemps moins présentes, ont cédé le pas aux mouvements écologistes et féministes à partir de la fin des années 1960. Plus récemment, le Covid-19, l'agriculture et la guerre à Gaza ont poussé les gens dans les rues.

Mais alors, pourquoi des activistes du climat, qui peuvent lancer une initiative citoyenne en recueillant des signatures, se collent-ils au bitume ? Pour eux, la réponse est claire : l'urgence climatique exige des mesures immédiates, pas dans quelques années. Les institutions, y compris en Suisse, tardent à réagir. Lancer une initiative demande des ressources financières, du temps, un réseau. Le droit de manifester est parfois le seul outil accessible à ceux qui ne participent pas à la vie politique institutionnelle.

Marco Giugni rappelle que manifester n'est pas forcément un signe d'échec démocratique. C'est aussi un complément à la participation institutionnelle, un moyen de mettre la pression sur une décision spécifique. Exemple : l'opposition aux mesures anti-Covid a donné lieu à d'importantes manifestations de rue. Mais après trois référendums qui ont approuvé la politique gouvernementale, la contestation s'est largement éteinte.

Profil type du manifestant suisse : qualifié, de gauche, engagé

En 2025, 8 % des Suisses déclaraient avoir manifesté au cours de l'année précédente. Qui sont-ils ? Des données plus anciennes citées par le politologue dessinent un portrait-robot : des personnes qualifiées, issues de la classe moyenne, engagées dans des associations ou des partis. Hommes et femmes manifestent à parts égales, même si la proportion varie selon les sujets. Un point frappant : l'orientation politique est majoritairement à gauche. Cela reflète le caractère progressiste de nombreux mouvements, mais aussi une conception différente de la politique : la droite suisse considère moins légitime de contourner les procédures institutionnelles standard.

Au final, le paradoxe suisse tient en une phrase : on y manifeste autant qu'ailleurs, mais avec moins de casse. Le système politique éponge une partie de la colère, sans pour autant la faire disparaître. Reste à savoir si cette soupape de sécurité résistera aux prochaines urgences.


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