Publié le mercredi 23 septembre 2026 dans la rubrique Toulouse
Crise de trésorerie : artisans et soignants en détresse en Haute-Garonne
La Haute-Garonne fait face à une crise de trésorerie chez de nombreux professionnels, notamment les artisans et les soignants. La flambée des prix du carburant pèse lourdement sur leurs budgets et complique leur activité quotidienne. Philippe Labro, vice-président de la Capeb Occitanie, évoque une exaspération grandissante. Les conséquences des hausses de coûts, déjà amorcées par la pandémie de Covid-19 et exacerbées par le conflit en Ukraine, se font sentir sur le terrain. Des augmentations de 20 à 40 % sur certains matériaux en trois ans viennent s’ajouter à cette inflation à la pompe.
Les artisans en première ligne
Pour les petits entrepreneurs, la situation est devenue critique. La marge de manœuvre est quasi inexistante. "On n'a plus le droit à l'erreur", affirme Labro. Les artisans se retrouvent souvent dans l’impossibilité de répercuter les hausses de prix sur leurs devis, ce qui complique davantage leur équilibre financier. "Quand les devis sont signés, on ne peut pas revenir sur les prix", explique-t-il. Les petites entreprises doivent naviguer dans un contexte où les trésoreries sont "très, tendues". Sans un retour à la normale, certaines d'entre elles risquent de fermer leurs portes.
Les travaux publics en zone rurale
L'impact des prix du carburant varie selon le secteur d’activité. Les entreprises de travaux publics situées en milieu rural sont les plus vulnérables, en raison des distances à parcourir. Les frais de transport des fournisseurs viennent aggraver la situation. Face à cette crise, certains artisans envisagent de renoncer à des chantiers éloignés pour protéger leurs finances. Les aides publiques, bien que mentionnées, apparaissent souvent comme inaccessibles pour les petites structures, qui se heurtent à la complexité des démarches administratives.
Les soignants également touchés
La crise ne se limite pas aux artisans. Du côté des soignants, la situation est tout aussi préoccupante. Camille, infirmière libérale à Saint-Sauveur, témoigne de sa réalité quotidienne. Elle envisage de passer à un leasing pour une voiture électrique, car son véhicule actuel, avec 220 000 km au compteur, lui coûte trop cher en carburant. "Travailler à perte, ce n’est plus possible", dit-elle. Elle fait le plein par petites touches, espérant une baisse des prix.
Des déplacements non indemnisés
Camille ne se considère pas comme une exception. Sa tournée quotidienne ne dépasse pas 60 km, mais même cela ne lui permet pas de rentrer dans ses frais. Le remboursement forfaitaire de 2,75 € pour les déplacements ne couvre pas ses coûts réels. Elle évoque une expérience de remplacement à Colomiers, où elle a clairement travaillé à perte. "Je n’ai pas voulu estimer combien j’ai perdu", avoue-t-elle, face à l'absence de trésorerie pour investir dans un véhicule moins coûteux à faire fonctionner.
Une colère qui gronde chez les soignants
À la Fédération nationale des infirmiers de Haute-Garonne, la présidente Carine Garcia fait écho aux préoccupations de ses collègues. "On sent la colère monter", affirme-t-elle. Les coûts des déplacements continuent d’augmenter, rendant même les actes médicaux les plus simples non rentables. Dans certaines zones, des soins sont refusés à cause de l’éloignement. "Qui travaille pour rien aujourd’hui ?", interroge-t-elle. Les soignants, sous pression, se voient contraints de faire la queue dans certaines stations pour éviter des prix exorbitants, mais le temps leur fait souvent défaut.


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