Publié le vendredi 16 octobre 2026 dans la rubrique Toulouse
"Il y a des molécules polluantes partout" : en Haute-Garonne, polluants éternels, pesticides et perturbateurs endocriniens dans l’air que nous respirons
Les polluants environnementaux, tels que les PFAS, les pesticides et les perturbateurs endocriniens, sont présents dans l’air que nous respirons en Haute-Garonne. Ces substances, souvent qualifiées de "polluants éternels", se retrouvent non seulement dans l’eau et les aliments, mais également dans l’atmosphère. Selon Atmo Occitanie, chaque adulte inhale environ 15 000 litres d’air par jour, ce qui rend la question de la qualité de l’air préoccupante.
Une étude inédite en Occitanie
Pour la première fois en France, une étude a été menée pour analyser la présence de ces trois familles de polluants dans l’air et leur variation saisonnière dans quatre territoires d’Occitanie. Émilie Dalix, présidente d’Atmo Occitanie, souligne que cette première année de mesure nécessite une consolidation des résultats pour mieux comprendre la situation. Les conclusions de l’étude sont claires : les polluants sont omniprésents, sans spécificité régionale. Dominique Tilak, directrice générale d’Atmo Occitanie, précise que des molécules issues de territoires éloignés peuvent atteindre la Haute-Garonne par transport atmosphérique.
Les résultats de l'analyse
Sur les 191 molécules recherchées, 103 ont été détectées, parmi lesquelles 42 pesticides, 48 perturbateurs endocriniens et 13 PFAS. En Haute-Garonne, des prélèvements ont été effectués sur des sites de grandes cultures ainsi que dans des zones urbaines. Les résultats montrent que le nombre de perturbateurs endocriniens et de PFAS est similaire dans les deux types de sites, avec 47 perturbateurs endocriniens retrouvés sur 53 recherchés. En milieu rural, 12 molécules PFAS ont été identifiées, contre dix en milieu urbain. En revanche, les pesticides, en particulier les herbicides, sont plus nombreux dans les zones de grandes cultures, avec 31 molécules détectées contre 18 en milieu urbain.
La présence alarmante des microplastiques
L’étude a également mis en lumière la présence significative de microplastiques parmi les perturbateurs endocriniens. Cette augmentation pourrait être liée aux incendies survenus dans les Corbières en août dernier. De plus, la hausse des températures pourrait favoriser la volatilisation de certaines molécules, augmentant ainsi leur concentration dans l’air.
Un rôle clé d'Atmo Occitanie
Atmo Occitanie joue un rôle d’observatoire en fournissant ces données aux citoyens, aux professionnels, aux agriculteurs et aux autorités sanitaires. Cependant, l’organisme ne formule pas de recommandations sur les molécules détectées. Dominique Tilak rappelle que, malgré la présence de polluants, des actions peuvent être entreprises. Par le passé, des substances comme le plomb et le soufre ont été retirées des carburants, et des progrès ont été réalisés pour réduire certaines particules. La clé réside dans la recherche continue et la transparence des informations.
Vers une meilleure compréhension des impacts sur la santé
Les mesures effectuées permettent de mieux documenter la présence de polluants, mais elles ne suffisent pas encore à établir leurs effets sur la santé. Un partenariat avec le CHU de Toulouse, dans le cadre du projet PADDEL, vise précisément à enrichir nos connaissances dans le domaine de l’oncologie. Le docteur Valentin Héluain, pneumologue et oncologue, souligne que chaque année, 52 000 personnes sont diagnostiquées avec un cancer du poumon en France, dont 20 à 25 % n’ont jamais fumé. Les particules fines sont connues pour jouer un rôle dans l’apparition de ce type de cancer. Ce projet a pour but d’explorer les corrélations entre la fréquence des cancers bronchiques et les conditions d’exposition environnementale.
Un projet ambitieux pour l’avenir
Les analyses de la qualité de l’air seront corrélées avec celles de l’eau, réalisées par le Bureau de recherches géologiques et minières. Le projet, qui débutera à la fin de l’année, s’étendra sur 18 mois et mobilisera les données de 20 000 patients. Ce travail conjoint permettra d'approfondir notre compréhension des interactions entre environnement et santé.


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