Publié le mercredi 10 juin 2026 dans la rubrique Lyon
"Elle me décrit avec précision à quoi ressemble du sperme" : un animateur accusé de viols dans le village de Charly, le témoignage du père de la fillette
Charly (Rhône) est sous le choc. Un animateur périscolaire fait face à trois plaintes pour viol et agression sexuelle sur des filles de 3 à 7 ans. Le témoignage d'un père, dont la fillette de 7 ans a décrit avec une précision troublante ce qu'elle a subi, bouleverse la commune.
Des parents effarés dans le parc municipal
Mercredi 10 juin, dans un parc de Charly, les parents se retrouvent entre inquiétude et colère. Un père de deux petites filles de 4 et 6 ans confie son malaise, touché personnellement. Une femme renchérit : elle imagine sa réaction si cela arrivait à sa propre enfant, parlant de réactions violentes, qualifiant d'inhumain le fait de s'en prendre à un enfant sans défense.
L'affaire alimente les conversations. Les regards se tournent vers l'animateur, dont le nom circule discrètement. Personne n'ose l'accuser ouvertement, mais le doute s'installe.
Le récit du père d'Emma : des détails qui glacent
Le 17 avril, un père de famille se rend à la gendarmerie. Sa fille de 7 ans, Emma (prénom modifié), s'est confiée. Elle raconte s'être enfermée dans les toilettes avec l'animateur et sa meilleure amie. Le jeu était malsain, d'après ses mots. D'abord, il les faisait jouer avec leurs excréments.
Puis les gestes deviennent plus graves. Emma mime tout. Elle décrit des agressions sexuelles, des viols, des pénétrations. Mais un détail sidère son père : « Elle me décrit avec précision à quoi ressemble du sperme. Elle me dit qu'elle en avait sur son corps, et elle appelle ça les saletés de zizi. » Pour lui, impossible qu'une enfant de 7 ans invente cela.
Remis en liberté, le suspect inquiète
Placé en garde à vue fin avril, l'animateur en est ressorti libre. La décision inquiète le père d'Emma, qui se réfère à l'affaire Lyhanna. « La petite Lyhanna a vécu cette indifférence, cette mollesse de la justice, ce manque de rapidité et de fermeté. Je ne veux pas qu'il y ait de nouvelles affaires Lyhanna », lance-t-il.
Les examens médico-psychologiques de la fillette n'ont eu lieu qu'un mois et demi après la plainte. Son avocat, maître Jean Sannier, juge ce délai bien trop long. « Le temps de la justice est toujours un temps long. Le temps des prédateurs, c'est toujours un temps court », observe-t-il.
De l'autre côté, maître Sébastien Soy, avocat de l'animateur, écarte toute comparaison avec l'affaire Lyhanna. Il rappelle que le matériel informatique et le téléphone de son client ont été saisis, analysés, sans résultat. « Faute d'éléments suffisants, il est ressorti libre de sa garde à vue. Le parallèle avec l'affaire Liana est déplacé car l'enquête suit son cours », argue-t-il.
La municipalité lance des boîtes à lettres « papillon »
Face à cette affaire, la mairie de Charly veut agir. Elle prévoit d'installer des boîtes à lettres spéciales, baptisées « papillon », destinées à recueillir les signalements d'enfants victimes de violences. L'idée : permettre aux plus jeunes de dénoncer discrètement des actes qu'ils subissent, sans passer par des adultes intimidants. Un dispositif qui, espèrent les élus, pourrait prévenir d'autres drames.
L'enquête, elle, se poursuit. Les habitants restent sur leurs gardes. Dans les allées du parc, les regards sont plus lourds. Les parents serrent un peu plus fort la main de leurs enfants.

