Publié le mercredi 17 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
Affaire Lyhanna : "aveuglement persistant du ministère de la Justice", "discrédit"… La motion au vitriol des magistrats de Montpellier
Des critiques acerbes à l'égard des institutions
Dans leur motion, les magistrats dénoncent les déclarations du garde des Sceaux et du président de la République. Selon eux, ces propos jettent un discrédit sur l’autorité judiciaire, notamment sur le ministère public. Ils soulignent que l’incapacité à prévenir l'assassinat de Lyhanna ne devrait pas être réduite à des questions de responsabilité individuelle, mais plutôt analysée en tenant compte des conditions dans lesquelles les acteurs de la justice exercent leurs fonctions.
Les juges mettent en avant un "aveuglement persistant" au sein du ministère de la Justice et d'autres responsables publics face à la dégradation des conditions de travail dans les juridictions et les services d’enquête. Ils appellent à un examen plus approfondi des conditions concrètes qui entourent les missions judiciaires au lieu de se concentrer sur des enjeux de responsabilité personnelle.
Des priorités pénales sans moyens
Les magistrats critiquent également ce qu'ils appellent "l’affichage permanent de nouvelles priorités pénales". Ils estiment que ces annonces ne peuvent remplacer une véritable politique publique. En effet, entre 2025 et 2026, le ministère de la Justice a diffusé plus d’une centaine de circulaires et dépêches, mais sans fournir les ressources humaines et matérielles nécessaires à leur mise en œuvre.
Un constat alarmant sur les enquêtes en cours
Cette motion intervient alors que des premiers chiffres concernant les enquêtes sur les violences sexuelles sur mineurs commencent à émerger. Le procureur général de la cour d’appel de Nîmes, Xavier Bonhomme, a révélé que 689 enquêtes sont actuellement en cours dans le ressort du parquet de Nîmes, avec des chiffres significatifs à Alès (82), Mende (59), Avignon (216), Carpentras (180) et Privas (271).
Bien que ces chiffres puissent sembler inquiétants, parmi ces 1 500 enquêtes, seules "deux d’entre elles font l’objet d’une enquête depuis plus de trois ans". Toutefois, il s’agit d’une partie seulement du volume total des enquêtes, car ces chiffres ne tiennent pas compte des affaires déjà terminées mais non jugées, ni des plaintes encore à traiter par les services de police et de gendarmerie.
Une situation préoccupante à l’échelle régionale
Les enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs ne constituent qu’un sous-ensemble des procédures en attente dans le ressort de la cour d’appel de Nîmes. En effet, toutes infractions confondues, il y avait 64 086 affaires en cours au 31 décembre 2025. Ce chiffre met en lumière l’ampleur de la tâche qui attend les services judiciaires et les défis à relever pour garantir une justice efficace et réactive.
La motion des magistrats de Montpellier s’inscrit ainsi dans un contexte de tension et de questionnements sur l’efficacité du système judiciaire face à des problématiques aussi sensibles que la protection de l’enfance et les violences sexuelles. La réponse des institutions sera cruciale pour rétablir la confiance dans la justice et améliorer les conditions de travail des acteurs judiciaires.


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