Publié le dimanche 31 mai 2026 dans la rubrique Montpellier
La révolte viticole des années 60 : quand la colère des vignerons du Midi s'embrase face au vin algérien
Le nom du domaine de Montredon, dans l’Hérault, reste gravé dans les mémoires comme le symbole d’une révolte viticole qui a marqué la région. C’est ici, il y a cinquante ans, que deux hommes ont perdu la vie : Émile Pouytès, viticulteur, et Joël Le Goff, commandant de CRS. Retour sur la genèse de cette colère, née des Accords d’Évian et des importations massives de vin algérien.
1962, le coup de tonnerre des Accords d’Évian
La guerre d’Algérie prend fin officiellement le 18 mars 1962. Les accords signés à Évian cachent une clause qui va empoisonner la viticulture languedocienne et roussillonnaise : l’entrée massive de vin algérien est autorisée. Le but ? Garantir l’accès au pétrole. La région se noie déjà sous des stocks invendus et des dettes. Le vin local souffre de la concurrence algérienne depuis les années 1920, mais cette fois, le flot devient intenable.
La Confédération générale des vignerons (CGV), jugée trop proche du pouvoir et engluée dans des luttes internes, ne parvient pas à faire barrage. Une relève émerge, bien décidée à ne pas courber l’échine.
André Cases et André Castéra, les fers de lance de l’Aude
Dans l’Aude, deux hommes sortent du rang. André Castéra et André Cases. Le second, notamment, s’emporte contre « l’establishment viticole amorphe ». Il veut des actes. Vider les cuves des négociants qui commercent avec l’Algérie. Bloquer les trains chargés de vin. Pas question de siéger dans les instances officielles. « Il est difficile d’être à la fois négociateur et combattant », lance-t-il. Ce choix de rester en marge du système syndical classique donnera au Comité d’action audois une puissance redoutable, sans équivalent dans les départements voisins.
Dès 1963, André Cases multiplie les actions coup de poing. Le préfet et le gouvernement réclament sa tête. Placé en garde à vue, il est finalement relâché : le pouvoir craint un soulèvement général. Une petite victoire qui force Paris à freiner temporairement les importations.
De Gaulle rouvre les vannes, le Midi s’embrase
Le 21 novembre 1967, de Gaulle veut construire un gazoduc en Algérie. En échange, il rouvre les vannes du vin algérien : un million d’hectolitres. Bernard Revel, journaliste et auteur du livre *Montredon ; souviens-toi vigneron*, qualifie cette décision de « véritable déclaration de guerre au Midi ». La riposte est immédiate. Une semaine plus tard, la région est paralysée. Platanes abattus, barrages, jets de pierres. Dans l’Aude, des commandos incendient les traverses des voies ferrées. Le vin algérien ne passe plus.
La colère s’étend : vins italiens, mouvance occitane et nouvelle génération
La concurrence ne vient plus seulement d’Algérie. Les vins italiens débarquent à leur tour. La fronde repart de l’Aude : chemins de fer en feu, perceptions mises à sac. Le gouvernement prépare une loi anti-casseurs. En mai, à Conilhac-Corbières, un commando vide le contenu d’un camion-citerne, mélange de vin algérien et italien.
Le mouvement s’élargit. Après mai 68, la mouvance occitane apporte son énergie et son mot d’ordre : « Volem viure al país ». De nouveaux leaders émergent, comme Michel Romain et Jean Huillet.
Le 18 février 1971, près de 100 000 personnes manifestent à Béziers. La pression monte encore. Le 12 mars 1975, 3 000 viticulteurs menés par Emmanuel Maffre-Baugé bloquent le port de Sète. Il dénonce « les margoulins qui utilisent le port pour les trafics qui nous ruinent ». Les actions s’enchaînent : supermarchés occupés, cuves vidées, attentats ciblés.
La spirale de violence et le drame de Montredon
Le 19 mars 1975, deux perceptions de Lézignan sont saccagées et brûlées. Le préfet de l’Aude crie au fascisme. Emmanuel Maffre-Baugé, pourtant issu d’une famille conservatrice et devenu figure chrétienne non-violente, tente de calmer le jeu. À S

