Publié le dimanche 24 mai 2026 dans la rubrique Montpellier
Non-lieu après dix ans d'enquête sur les violences du Crav à Béziers et Sète
Un juge d’instruction de Montpellier a mis un terme le 28 avril dernier à une enquête qui aura duré une décennie, portant sur des événements marquants du secteur viticole à Béziers et Sète. Ce dossier concerne le Crav, le comité régional d'action viticole qui a agi en tant que force revendicative pour les viticulteurs d’Occitanie.
Des tensions croissantes dans le Midi viticole
Entre 2016 et 2017, le Midi viticole a fait face à une crise aggravée par la compétitivité des vins espagnols. Les syndicats, mécontents, ont intensifié leurs actions contre les négociants, menant à une série d’incidents violents. En quelques mois, les autorités judiciaires ont enregistré 32 actions pouvant aller de simples graffitis à des actes criminels comme un incendie et des attaques à l’explosif.
Un incendie majeur à Béziers
La nuit du 19 au 20 juillet 2016, le bâtiment du négociant Vinadeis à Béziers a été ravagé par les flammes. Les mots "Crav" et "Stopimport" furent peints sur les murs carbonisés, entraînant un préjudice estimé à 950 000 €. Ce sinistre a conduit à l’ouverture d’une enquête criminelle pour "destruction en bande organisée".
Une enquête controversée
Les investigations menées par la police judiciaire ont pris des tournures inattendues, notamment en scrutant le travail de journalistes. Une équipe de France 3 avait filmé des hommes cagoulés à proximité de l’incendie, et le juge d'instruction a relevé que les données téléphoniques d'un reporter militaire indiquaient des liens avec des membres du Crav. Le journaliste avait été en contact avec des figures influentes de la viticulture juste avant le sinistre.
Accusations et démentis
Deux hommes ont été mis en examen au début de 2018. Parmi eux, Martial Bories, connu pour son activisme dans le secteur, a également été soupçonné d’être impliqué dans le saccage d’un autre négociant à Sète, où 6 000 hectolitres de vin avaient été déversés pour un dammage de 500 000 €. Malgré ces accusations, Bories et le porte-parole interviewé ont fermement nié toute implication dans les actes criminels.
Des verdicts contradictoires
Bien que Bories ait été relaxé en 2019 pour son rôle dans des actions collectives visant à défendre les viticulteurs, le dossier a continué à traîner en longueur. La justice a décidé de le rejuger en appel en 2025 après avoir frôlé la prescription. Un nouvel incident au début de 2024, où des locaux de la Dreal à Narbonne ont été détruits, a revitalisé l’attention sur la nécessité de juger cette affaire.
Conclusion de l’enquête
La décision de non-lieu a été accueillie par la défense de Bories comme une victoire, affirmant que les actions menées par les viticulteurs relèvent d’un combat syndical légitime. Ils soulignent que ces professionnels, confrontés à une crise viticole prolongée, n’ont fait qu’exprimer leur désespoir face à une situation critique.

