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Publié le lundi 08 juin 2026 dans la rubrique Nantes

Abbaretz : nouvelle mobilisation contre l'école catholique traditionaliste

Près de 200 habitants mobilisés à Abbaretz contre un projet d'école primaire sédévacantiste hors contrat. Inquiétudes sur le contenu pédagogique et les valeurs républicaines.

Ce dimanche 7 juin, près de 200 habitants se sont rassemblés à Abbaretz, en Loire-Atlantique, pour la quatrième fois contre le projet d'école primaire privée traditionaliste porté par l'association Montfort d'Abbaretz. Le collectif, baptisé "contre le projet d'école sédévacantiste", refuse l'implantation de cet établissement dans cette commune rurale aux portes de la Bretagne.

Une mobilisation qui ne faiblit pas

Le cortège a parcouru les rues du village au son des musiciens, avant de revenir place de la mairie pour les prises de parole. Les pancartes affichaient des slogans ciselés : "Un tiens vaut mieux que Dieu tu l'auras", "école sectaire, c'est non", "Sédévacantistes, c'est des vacances tristes" ou encore "Prière de ne pas obscurcir la jeunesse et l'avenir".

Benoît, père de famille d'une commune voisine, ne mâche pas ses mots : "Si ça avait été une école coranique, il y aurait eu une levée de bouclier immédiate."

Un courant catholique radical

Le projet est porté par l'association Montfort d'Abbaretz, qui se réclame du courant sédévacantiste. Cette branche ultra-minoritaire du catholicisme traditionaliste conteste la légitimité de tous les papes élus après Pie XII. Elle rejette l'autorité de l'Église officielle et s'en tient strictement aux enseignements antérieurs au concile Vatican II.

Une chapelle sédévacantiste, Saint-Etienne, est active dans la commune depuis 2010. Un frère de la communauté, rencontré ce dimanche, a tenu à préciser : "Nous respectons les lois de la République. Nous ne sommes pas des agitateurs." Il n'a pas souhaité s'exprimer sur la polémique.

Des craintes sur le contenu pédagogique

Réjane Durand, habitante d'Abbaretz et membre du collectif, détaille les inquiétudes : "Ce projet ne respecte pas l'égalité filles garçons. Les enfants n'ont pas les mêmes livres d'histoire. Les leurs ne mentionnent même pas le général de Gaulle. Chez eux, seul Dieu est juge, pas les hommes. Les enfants sont formatés, c'est dangereux pour les futurs citoyens."

Brice Beffara, maître de conférence à l'Université de Nantes, a assisté à une conférence du sociologue Pierre Merle sur les écoles hors contrat : "Les inspections y sont compliquées, plus rares. Même avec des retours négatifs, fermer une école sous prétexte que le programme n'est pas respecté reste difficile. Dans ces écoles traditionalistes, on trouve souvent des manquements sur les valeurs enseignées : homophobie, vision hiérarchique de l'éducation où l'enfant a une place peu active."

Un projet suspendu mais pas abandonné

Les porteurs du projet ont temporairement suspendu leur démarche, notamment pendant la période des élections municipales. Mais le collectif ne relâche pas la pression. "Sans nous, la rentrée prévue en septembre 2026 aurait sans doute lieu", estime Réjane Durand, qui voit dans cette suspension une première victoire.

Le collectif annonce déjà la suite : "On va aller jusqu'à la préfecture pour redire que ce n'est pas possible. Cette école est hors la loi, hors sol, hors contrat, hors du temps."

Dans le cortège figuraient des élus, dont Sabine Lalande, conseillère régionale EELV, et Gwenaël Crahes, maire de La Grigonnais.

Quel avenir pour le projet ?

L'école hors contrat doit se déclarer auprès du recteur, du maire, du préfet et du procureur. Le permis de construire a été apposé en novembre 2024 sur un terrain de plus de 3000 m², au milieu d'un lotissement. Mais aucun chantier n'a débuté. Selon le collectif, l'association Montfort d'Abbaretz doit faire valider de nouveaux devis, les précédents étant devenus caducs.

Le rectorat n'a pas encore tranché. Il pourrait invalider la demande si l'école représentait un risque pour les mineurs ou un trouble à l'ordre public. En octobre 2025, Jean-Claude Pons, représentant de l'association, annonçait une ouverture en septembre 2026. Pour l'heure, le projet reste au point mort.

La mairie, elle, adopte une "neutralité absolue" qui agace les habitants : "Défendre des valeurs républicaines, normalement c'est le rôle d'une mairie", déplore Réjane Durand. Lors de la première manifestation, la mairie s'était déclarée attachée au respect de la liberté de conscience et de l'instruction.


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