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Publication le 18 juin 2026 · Mis à jour le samedi 11 juillet 2026 dans la rubrique Nantes

Occupation et relogement d'urgence : la situation des sans-abri à Nantes en crise

Découvrez la crise des sans-abri à Nantes : occupations, relogements d'urgence et remises à la rue, un cycle préoccupant et indigne à ne pas ignorer.

Occupation, relogement d'urgence et remises à la rue : la spirale infernale des sans-abri à Nantes

C’est une séquence de quelques semaines qui dit tout du délitement de l’hébergement d’urgence à Nantes. En juin, des familles sans logement ont occupé l’atelier Dulcie September, l’ancienne école des Beaux-Arts. Elles réclamaient un toit stable. La ville a réagi en ouvrant un bâtiment modulaire, l’école Joséphine Baker, pour mettre à l’abri près de 90 personnes. Mais quelques jours plus tard, une quinzaine de ménages hébergés temporairement lors de la canicule ont été renvoyés à la rue. Les associations crient à l’indignité. Pendant ce temps, la chaleur tue en silence.

L'occupation de l'atelier Dulcie September et la réponse municipale

Le 17 juin, soutenues par l’association Droit au logement (DAL 44) et le collectif des Oublié·es du 115, une centaine de personnes ont investi l’atelier Dulcie September. Parmi elles, des familles entières, des femmes seules avec leurs enfants. Estelle vient de Côte d’Ivoire. Depuis six mois, elle dort avec son fils de 5 ans dans la gare, l’aéroport ou les halls d’immeuble. "Je le nettoie rapidement, je l'habille, j'essaie de trouver quelque chose pour qu'il mange et il va à l'école. On doit appeler tous les jours le 115 pour savoir où on va dormir", raconte-t-elle. Blessing, elle, est arrivée du Nigeria avec son mari et leurs cinq enfants. Ils changent de logement tous les trois jours quand ils en ont un.

Alertée, la ville de Nantes a rapidement trouvé une solution : transformer une école modulaire de l’île de Nantes, Joséphine Baker, en hébergement d’urgence. Quatre-vingts personnes, dont une quarantaine d'enfants, y ont été installées le soir même. Quinze autres ménages ont été pris en charge par le 115 dans des hôtels. Mais les conditions restent spartiates. Edi, 39 ans, a dormi dans la rue pendant trois ans avant d’être relogée ici. "Les douches viennent d'arriver mais on n'a toujours pas de matelas, on dort sur des lits de camp, il n'y a pas de cuisine collective, c'est difficile surtout pour l'intimité de chacun", témoigne-t-elle. Un hébergement d’urgence prévu jusqu’en septembre seulement. Pas de perspective durable.

L'été, un danger sous-estimé pour les personnes à la rue

La canicule de fin juin a révélé une autre facette du drame. Contrairement aux idées reçues, l’été est plus dangereux que l’hiver pour les sans-abri, alertent les bénévoles de la Maison du Peuple à Nantes. Tim et Flash, qui arpentent les rues depuis plusieurs années, le martèlent : "On a déjà entendu des gens nous dire qu’être à la rue pendant l’été n’est pas grave, que c’est même la meilleure période de l’année. C’est bien plus dangereux qu'en hiver." Au-dessus de 35°C, la déshydratation, les insolations et la mauvaise conservation de la nourriture deviennent des risques quotidiens. "Le problème de la canicule quand on est à la rue est souvent invisibilisé", insistent-ils.

La ville assure ne pas rester inactive. Christophe Jouin, élu municipal délégué à l'accueil inconditionnel, évoque une "cellule de crise" capable de prendre des décisions rapides, des maraudes renforcées et une mobilisation constante des équipes du CCAS. Mais les bénévoles regrettent un manque de mesures spécifiques et visibles. Le décalage entre les paroles officielles et la réalité du terrain reste profond.

Des familles remises à la rue : le DAL 44 dénonce des pratiques illégales

Le 4 juillet, le DAL 44 a publié un communiqué cinglant. Une quinzaine de ménages, soit 119 personnes dont 43 enfants, ont été remis à la rue. Ces familles avaient été hébergées temporairement par le 115 pendant l’épisode caniculaire de fin juin. Une fois la chaleur retombée, les évaluations sociales n’ont pas jugé nécessaire de prolonger leur prise en charge, selon la préfecture. Le DAL 44 dénonce des "pratiques profondément indignes et contraires au droit". L’association s’appuie sur les articles 345-2-2 et 345-2-3 du Code de l’action sociale et des familles. Le premier garantit l’accès à l’hébergement pour toute personne en détresse. Le second interdit de la renvoyer à la rue. Pour le collectif, ces obligations légales sont bafouées.

Ces remises à la rue ne sont pas un accident. Elles illustrent un système d’hébergement d’urgence à flux tendu, où les solutions sont précaires, souvent mal adaptées, et où les familles oscillent entre l’occupation illicite, l’abri temporaire et le bitume. Les associations expliquent n’avoir plus d’autre choix que d’organiser ces occupations pour se faire entendre. Selon les collectifs, ils seraient plusieurs milliers à Nantes sans logement stable.

L’occupation de l’atelier Dulcie September n’a pas réglé le problème de fond. Elle a simplement déplacé l’urgence, d’un bâtiment à un autre, d’un été à l’autre. Les enfants continuent de dormir sur des lits de camp, les mères continuent d’appeler le 115 sans savoir où elles passeront la nuit, et la chaleur continue de monter. Sans solution durable, l’hiver prochain promet d’être aussi impitoyable que l’été, pour ceux qui n’ont nulle part où se poser.


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