Publié le dimanche 26 juillet 2026 dans la rubrique Normandie
François Hollande se souvient de l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray
Il y a dix ans, à Saint-Étienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, le père Jacques Hamel était égorgé dans son église en pleine messe par deux jeunes islamistes radicalisés. L'ancien président François Hollande revient sur cette journée qui a marqué son quinquennat et raconte ses gestes, ses doutes et sa volonté dunité.
Une rencontre dans l'urgence
Moins de trois heures après l'attaque, le 26 juillet 2016, le président de la République arrive en voiture à Saint-Étienne-du-Rouvray. La préfète de Seine-Maritime l'accueille, gilet pare-balles sur le torse, à quelques mètres du lieu du drame. On aperçoit l'église depuis la petite rue où on le conduit.
François Hollande rencontre alors Hubert Wulfranc, maire communiste de la ville depuis 2002. Les deux hommes ne se connaissent pas. Le président étreint l'élu local, visiblement éprouvé. « Il faut rassurer la population. Entourer tout le monde », lui glisse le maire. Le chef de l'État répond : « Il faut éviter les affrontements. Faire en sorte que les gens ne se fassent pas vengeance. »
Aujourd'hui député de Corrèze, François Hollande se souvient parfaitement de cet échange. Il nous a reçus dans ses bureaux parisiens pour en parler. Devant les images de cette rencontre, il analyse : « Pour moi, cette image renvoie à ce que doit être à chaque fois l'unité. L'unité dans une commune, l'unité nationale. »
Un appel à la cohésion nationale
Sur le parvis de la mairie, le président prend la parole pour la première fois depuis l'attentat. Aux côtés de Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, et du maire, il remercie les services de secours et de police. Puis il martèle : « Ce sont les catholiques qui ont été frappés, tous les catholiques, mais ce sont tous les Français qui se sentent concernés. C'est pourquoi nous devons être dans une cohésion, dans un ensemble, dans un bloc, que personne ne doit pouvoir fissurer. »
François Hollande connaît bien cette commune, dit-il : « Commune populaire, commune solidaire. » Il sait ce que représente pour un maire un tel drame. « Je ne connais pas monsieur Wulfranc avant de le voir là, presque comme s'il sortait de nulle part. Parce que c'était justement nulle part, tellement l'horreur était grande. »
Dix ans après, il confie ses craintes pour l'ordre public : « Le risque quand il se produit un tel drame dans une église, et c'est bien l'intention des terroristes islamistes qui ont été envoyés là, est qu'il puisse y avoir une division, une confrontation, une vengeance. » Il fallait montrer que nous faisions corps, insiste-t-il, assurer la protection et marquer la solidarité pour qu'il y ait « un sursaut ». Et il a eu lieu.
Les deux assaillants
L'enquête est confiée au parquet antiterroriste. Les profils des deux terroristes sont rapidement connus. Adel Kermiche, 19 ans, né et résidant à Saint-Étienne-du-Rouvray, était connu des services de police. Il avait tenté par deux fois de se rendre en Syrie. Fiché S, il avait passé dix mois de détention à Fleury-Mérogis avant de sortir sous bracelet électronique en mars 2016. Il était assigné à résidence chez ses parents.
Le second, Abdel Malik Petitjean, 19 ans lui aussi, venait d'Aix-les-Bains, en Savoie. Également fiché S après une tentative de départ en Syrie en juin 2016, il avait contacté Adel Kermiche sur la messagerie Telegram. Il le rejoint en Seine-Maritime le 23 juillet. Deux jours avant l'attaque, les deux hommes enregistrent ensemble au domicile d'Adel Kermiche une vidéo d'allégeance à l'État islamique, diffusée sur Telegram le lendemain.
La question des fichés S
Comment un homme sous bracelet électronique et fiché S a-t-il pu perpétrer un attentat ? François Hollande conteste l'idée d'un échec des services. « Il était précisément identifié. Il devait d'ailleurs aller régulièrement au commissariat. Le travail des services de renseignement et de la justice ne peut pas être mis en cause », répond l'ancien chef de l'État.
Il évoque « la polémique incessante » autour des fichés S durant son mandat. « On ne peut pas arrêter une personne au prétexte qu'elle est connue pour une radicalisation. Il y a un état de droit. Entre une radicalisation et un acte terroriste, il y a encore un écart. Avant qu'on enferme quelqu'un, il faut qu'il ait, ou tenté ou commis un acte. »
Une communion interreligieuse
François Hollande a échangé avec le pape François le jour même de l'attentat. Ensemble, ils ont évoqué la nécessité d'une communion entre croyants et non-croyants « pour non seulement dénoncer ce qui venait de se produire, mais rester ensemble et faire face ».
À Saint-Étienne-du-Rouvray, cette communion a trouvé sa place. Dès le lendemain, la municipalité organise un grand rassemblement au parc Youri Gagarine. La population, les élus locaux, les représentants des cultes catholique, musulman et juif y assistent massivement. Le 30 juillet, à l'issue de la prière, une cinquantaine de fidèles musulmans se rendent à une veillée dans l'église Sainte-Thérèse, qui jouxte la mosquée. Le lendemain, ils sont une centaine à marcher jusqu'à la cathédrale de Rouen.
Dix ans après, le devoir d'unité
C'est cette capacité à rester uni que François Hollande souhaite mettre en avant aujourd'hui. L'héritage de ce drame, dit-il. « Nous avons tenu bon. La population n'a pas cédé à un esprit de division, de séparation, de confrontation. Aujourd'hui, il faut avoir la même attitude. Il y a des forces qui veulent aller vers la division. Nous, nous voulons aller vers l'unité. »
Ce 26 juillet 2026, l'ancien président de la République entend honorer cet esprit d'union lors des cérémonies de commémoration de l'assassinat du père Hamel.


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