Publié le jeudi 18 juin 2026 dans la rubrique Normandie
Matthieu Pigasse, l'investisseur qui relance Chapelle Darblay
**Grand-Couronne (Seine-Maritime)** – Nouveau rebondissement dans le dossier qui empoisonne la vallée de la Seine depuis six ans. Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse vient de se positionner comme investisseur pour reprendre le groupe Filière Excellence, lui-même candidat à la reprise de la papeterie Chapelle Darblay.
Un Normand d’adoption aux commandes
Matthieu Pigasse n’est pas un inconnu dans la région. Il a grandi à Regnéville-sur-mer, dans la Manche, où son père travaillait comme journaliste à La Manche Libre. Ses années lycée, il les a passées à Coutances. Un parcours local qui contraste avec la stature nationale qu’il a bâtie depuis.
Aujourd’hui, cet homme est l’un des banquiers d’affaires les plus influents du pays. Il possède Radio Nova - dont l’audience a quadruplé en deux ans pour atteindre près de 1,6 million d’auditeurs chaque jour - et il est actionnaire du Monde et de l’Obs. Dans les médias, on le surnomme souvent le « Bolloré de gauche ».
La comparaison a ses limites, il faut le dire. La fortune de Vincent Bolloré est estimée à 9,75 milliards d’euros. Celle de Pigasse atteint « plusieurs centaines de millions ». Même profil de capitaliste aux ambitions médiatiques et politiques, mais les deux hommes évoluent dans des camps opposés.
La reprise qui change la donne
Pour Cyril Briffault, délégué CGT du site, l’arrivée de ce repreneur de poids est une bouffée d’air. Il se bat pour Chapelle Darblay depuis sa fermeture en 2020. « C’est une bonne nouvelle, ça veut dire que ce projet de reprise peut enfin voir le jour », lâche-t-il. Le syndicaliste se dit « plutôt optimiste ». Une formule rare de sa part après des mois d’alertes et de blocages.
Mais il appelle à la prudence sur le calendrier. En janvier 2026, tout était « presque ficelé ». Puis Fibre Excellence a plongé en cessation de paiement. « Aller trop vite, c’est peut-être pas la meilleure des idées », prévient-il. Un projet de cette envergure, explique-t-il, se construit sur trois à cinq ans.
L’État attendu au tournant
La vraie inconnue reste l’exécutif. Cyril Briffault ne mâche pas ses mots. « On a interpellé plusieurs fois le Premier ministre. Il nous a opposé qu’il n’y avait pas de financement, pas d’industriel. Maintenant, y a tout ce qu’il faut. C’est à lui de jouer. »
Le financement public est conditionné à la levée de 160 millions d’euros auprès des banques. Ce point reste en suspens.
Prochaine échéance : le 6 juillet à Toulouse. Ce jour-là, le tribunal doit se prononcer. Si la reprise de Fibre Excellence avec Matthieu Pigasse comme investisseur est validée, le chemin de la réouverture de Grand-Couronne redevient crédible.
Six ans après la fermeture, 228 emplois perdus et des travaux qui n’ont jamais commencé, Chapelle Darblay n’a peut-être jamais été aussi près de renaître.


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