Publié le mardi 09 juin 2026 dans la rubrique Paris
Violences sexuelles dans le périscolaire : une commission indépendante créée à Paris
Paris, le 5 juin 2026. C'est depuis l'école Colonel Moll, dans le XVIIe arrondissement, qu'Emmanuel Grégoire a pris la parole ce mardi. Le maire socialiste de Paris a annoncé la création d'une commission indépendante sur les violences sexuelles dans le périscolaire, alors que la colère des familles monte et que le drame de la jeune Lyhanna, dans le Gers, secoue le pays.
Antoine Garapon prend la tête d'une commission indépendante
Le maire a confié la présidence de cette commission à Antoine Garapon. Ancien juge des enfants et figure reconnue, il a déjà présidé la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église. « C'est à la fois un garant de compétence, d'indépendance et une autorité morale », a souligné Emmanuel Grégoire. Il aura carte blanche pour constituer son équipe de personnalités qualifiées.
La commission devra établir un diagnostic et formuler des propositions concrètes. Elle pourra élargir son champ de réflexion aux autres structures municipales accueillant des enfants. « Elle aura tout l'appui nécessaire et l'accès à tous les dossiers », a promis le maire. Aucun calendrier précis n'a été fixé : les conclusions seront remises « quand elle le jugera ». Un mandat large pour analyser les faits un par un et comprendre « ce qui peut encore défaillir ».
Inès de Raguenel, élue LR de l'opposition, a salué ce choix, espérant qu'Antoine Garapon « fera tout autant la lumière qu'il a pu le faire dans l'Église, avec moins de victimes j'espère ».
Un contexte national explosif
Le décès de la jeune Lyhanna a mis le feu aux poudres. Emmanuel Grégoire a appelé à « un débat national » et « une prise de conscience d'un certain nombre de dysfonctionnements », avec une pensée pour la fillette. Il s'est dit favorable à une commission parlementaire sur les violences faites aux enfants, qui porterait aussi sur le périscolaire et « toutes les structures qui ont vocation à accueillir des enfants ».
132 animateurs suspendus depuis janvier, dont 52 pour violences sexuelles
Le maire a actualisé les chiffres des suspensions. Entre le 1er janvier et le 5 juin 2026, 132 animateurs ont été suspendus dans le cadre de la politique de tolérance zéro. Parmi eux, 52 le sont pour des suspicions de violences sexuelles ou sexistes. En avril, Emmanuel Grégoire avait déjà révélé 78 suspensions, dont 31 à caractère sexuel. En 2025, le bilan était de 30 suspensions, dont 16 pour violences sexuelles.
Ces données inédites, qui s'ajoutent à un bilan accablant, témoignent de l'ampleur du scandale dans le périscolaire parisien.
Une convention citoyenne et une mission d'information
Parallèlement, une convention citoyenne sur les temps de l'enfant est en cours, pilotée par la Ville. Parents, professionnels et représentants d'enseignants planchent sur la protection des enfants. Leurs recommandations sont attendues le 22 juin prochain.
Une mission d'information et d'évaluation (MIE) doit aussi être menée par les élus pendant six mois. L'opposition municipale, qui devrait la présider, veut auditionner « tous ceux qui ont été responsables ces dernières années ». La droite parisienne, via Grégory Canal et Inès de Raguenel, demande déjà des mesures d'urgence supplémentaires. Elle critique le plan d'action dévoilé en avril et ses 20 millions d'euros mobilisés, « dont on ne sait pas à quoi ils servent ».
Une nouvelle directrice des affaires scolaires
La Ville a également annoncé la nomination de Catherine Baratti Elbaz, ex-maire du XIIe arrondissement et proche d'Emmanuel Grégoire, à la direction des affaires scolaires. Elle remplace la précédente responsable, et hérite du poste « dans un contexte difficile ».
Le périscolaire pourrait encore faire les gros titres ce mercredi. Les sénateurs doivent voter une mission d'information aux pouvoirs d'enquête. La sénatrice LR de Paris, Agnès Evren, est pressentie comme rapporteure.

