Publié le lundi 31 août 2026 dans la rubrique Strasbourg
Lettre ouverte à Franck Leroy : « Votre projet pour le canal du Rhône au Rhin aggrave la destruction du vivant »
À Colmar, dans le Haut-Rhin, une lettre ouverte adressée à Franck Leroy remet en question un projet ambitieux visant à développer la navigation fluviale sur le canal du Rhône au Rhin. Ce projet, qui se traduit par l'aménagement de 24 kilomètres d’un canal considéré comme "ensauvagé" depuis six décennies, soulève de vives inquiétudes quant à son impact sur l'environnement local. L’investissement public prévu, s’élevant à 46,6 millions d’euros, est mis en balance avec d’importants risques écologiques.
Destruction de la biodiversité
Les conséquences environnementales de ce projet sont alarmantes. La biodiversité riche de ce corridor naturel, classé en trame verte et bleue, est menacée. La coupe d'arbres remarquables pour réaliser des tranchées d'imperméabilisation, ainsi que le dragage du lit du canal, compromettront l'habitat de nombreuses espèces. Des modifications des berges et l'élimination d'embâcles, essentiels pour les martins-pêcheurs et d'autres poissons, altéreront irrémédiablement cet écosystème fragile.
Un paradoxe en période de crise climatique
En pleine période de canicule, Franck Leroy a évoqué dans les Dernières Nouvelles d’Alsace l’idée de planter des arbres le long des canaux pour tempérer le réchauffement des eaux. Ce raisonnement semble contradictoire : alors que des arbres aux bénéfices écologiques immédiats sont abattus, la plantation d’arbustes dont l'impact ne sera perceptible que dans plusieurs décennies ne suffira pas à compenser cette destruction. Les événements récents, tels que la fermeture de voies navigables dans le Grand-Est, soulignent également l'irréalité du projet face aux défis d'approvisionnement en eau.
Un projet peu viable économiquement
Les arguments économiques avancés pour justifier ce projet suscitent des doutes. Initialement évaluées à 8,6 millions d’euros, les retombées économiques ont été ramenées à 4,2 millions d’euros. De plus, la navigation de plaisance en France est en déclin, exacerbée par la fréquence accrue des sécheresses. Ce projet ne bénéficiera qu'à un petit nombre d'utilisateurs, alors que l'intérêt touristique de la région est déjà limité, à l'exception de Colmar.
Un manque d’objectivité dénoncé
La lettre ouverte soulève des questions sur la transparence du processus décisionnel. Les chiffres avancés par les porteurs du projet semblent embellis, et l'absence de données concrètes soulève des doutes sur l'objectivité des choix politiques. La nécessité d'une approche fondée sur des faits scientifiques et des vérités objectives apparaît cruciale dans le contexte actuel de crise écologique.
Un appel à la prise de conscience
Les événements climatiques extrêmes et la dégradation de la biodiversité signalent une urgence à repenser nos choix d’aménagement. La lettre conclut en posant une question fondamentale sur l'habitabilité de notre Terre. Les décisions prises aujourd'hui auront des conséquences sur notre environnement et notre qualité de vie, rappelant ainsi l'importance de protéger ce qui reste de notre patrimoine naturel.


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