Publié le mercredi 16 septembre 2026 dans la rubrique Suisse
En Suisse, 8,4% de la population vit sous le seuil de pauvreté
Mercredi matin à Lausanne, les Centres sociaux protestants (CSP) des cantons de Berne-Jura, Genève, Neuchâtel et Vaud ont organisé une conférence de presse pour lancer leur campagne annuelle. L'objectif était de mettre en lumière les disparités entre les chiffres officiels sur la pauvreté, les dispositifs en place et la réalité vécue par de nombreuses personnes.
Une stagnation inquiétante du taux de pauvreté
En novembre 2025, la Confédération suisse a publié un premier rapport national sur la pauvreté, révélant que le pays n’a pas atteint ses objectifs de réduction de ce fléau. Le taux de pauvreté a connu une augmentation au cours des dix dernières années, se stabilisant depuis 2017 autour de 8 % de la population. Actuellement, environ 743 000 personnes en Suisse vivent sous le seuil de pauvreté, selon les derniers chiffres disponibles.
Le rapport indique également que sans les prestations sociales, le taux de pauvreté absolue aurait atteint 16,4 %, touchant près de 1,5 million de personnes. Parmi les travailleurs, 4,3 % se trouvent également en situation de pauvreté, ce qui représente environ 175 000 individus qui peinent à joindre les deux bouts malgré un emploi.
Des réalités invisibles derrière les statistiques
Les responsables des CSP soulignent que la précarité dépasse largement les chiffres officiels. Bastienne Joerchel, présidente des CSP.ch, affirme qu'une part significative de la population vit juste au-dessus des seuils de pauvreté. Cela signifie que beaucoup de ces personnes travaillent, mais leur budget ne leur permet pas de faire face à des imprévus.
Des signaux inquiétants émergent sur le terrain. Les CSP constatent une hausse de la demande d'aide alimentaire et des demandes de soutien financier. Les personnes rencontrées alternent souvent entre autonomie et aide sociale, une réalité qui ne se reflète pas toujours dans les statistiques publiques, comme l’a précisé Caroline Regamey, responsable de la politique sociale au CSP Vaud.
Interroger les seuils de pauvreté
Les CSP mettent également en question les seuils de pauvreté eux-mêmes. Ils soulignent qu’il n’existe pas de minimum vital universel en Suisse. Les montants d'aide varient selon les prestations complémentaires, les minima insaisissables, et dépendent des réglementations spécifiques à chaque canton. Bastienne Regamey a fait remarquer que ces différences peuvent causer des injustices notables pour ceux qui en ont besoin.
Trois priorités pour la lutte contre la pauvreté
Pour répondre à ces enjeux, les quatre CSP ont établi trois priorités claires. Premièrement, ils exigent que le minimum vital soit garanti, basé sur des besoins réels et documentés. Deuxièmement, ils appellent à une harmonisation et à une revalorisation des minima vitaux pour établir un "socle commun" plus équitable et mieux protégé au niveau fédéral, régulièrement ajusté en fonction du coût de la vie.
Enfin, la troisième priorité consiste à améliorer la mesure et l'évaluation de la pauvreté et de la précarité. Cela implique la collecte de données cantonales comparables et une représentation plus fidèle des populations les plus précaires dans les statistiques, incluant le soutien apporté par la solidarité privée et associative.


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