Publié le samedi 18 juillet 2026 dans la rubrique Suisse
La Suisse face à la natalité : le défi du troisième enfant
À Annemasse (Haute-Savoie), comme dans tout le bassin franco-suisse, la question de la natalité agite les experts. Le vrai problème ne serait pas le refus d'avoir des enfants, mais bien le renoncement au troisième.
Un déclin qui n’a rien à voir avec celui de la Corée
La Corée du Sud détient un record inquiétant : 0,7 enfant par femme. La jeune génération y renonce purement et simplement à fonder une famille, ou se limite à un seul enfant. La pression sur le marché du travail et dans le système éducatif explique cette chute libre. En Suisse, le tableau diffère. Le taux de fécondité atteignait 1,29 enfant par femme en 2024. C'est légèrement sous la moyenne européenne de 1,34. Mais la cause n'est pas la même.
Là où les Coréens renoncent à la parentalité, les Suisses optent pour une famille restreinte. Laura Bernardi, professeure de démographie à l'Université de Lausanne, précise que seule la moitié de la baisse observée ces cinq dernières années vient de la diminution des premiers enfants. L'autre moitié ? Elle résulte d'un mouvement vers des fratries moins nombreuses. Moins de deuxièmes enfants, et surtout moins de troisièmes.
Le troisième enfant, un luxe inaccessible
Beaucoup de ménages suisses aimeraient un enfant supplémentaire. Mais le passage au troisième déclenche un niveau de contraintes insupportable. C'est ce qu'explique Laura Bernardi. Il faut plus d'espace de vie, des dépenses de garde accrues, et une nouvelle réduction du temps de travail. Le coût de la vie suisse aggrave la situation. L'indice du coût de la vie 2026 place les villes helvétiques aux six premières places mondiales. New York arrive septième. Il y a dix ans déjà, les médias américains estimaient qu'à Manhattan, un troisième enfant était devenu un symbole de statut social. Cette observation colle parfaitement à la Suisse, surtout dans les grandes agglomérations.
Élever un enfant coûte un demi-million de francs aux parents suisses. En ajoutant la perte de revenus due au temps partiel, la facture double. Le journal Blick l'a récemment calculé. Les aides existent pour les familles à faibles revenus, notamment sur les frais de santé. Mais en comparaison européenne, la Suisse mène "une politique institutionnelle peu généreuse en matière de soutien à la parentalité", selon la démographe. Pas de congé parental flexible. Des frais de garde exorbitants pour la classe moyenne.
Regarder du côté des pays nordiques
Les pays scandinaves servent de contre-exemple classique. Un congé parental long et bien rémunéré. Des structures d'accueil abordables et disponibles. Ces politiques encouragent la parentalité tout en maintenant les mères et les pères sur le marché du travail. La chercheuse souligne que cette approche favorise l'égalité des sexes et la responsabilité parentale partagée. Elle facilite la conciliation entre travail à temps plein et éducation des enfants.
Mais les aides ne suffisent pas à garantir une natalité élevée. Le Danemark affiche 1,47 enfant par femme. La Norvège 1,45. La Suède 1,43. Tous sont bien au-dessus de la Suisse. Pourtant, la Finlande, malgré sa politique familiale ambitieuse, tombe à 1,25. La démographe finlandaise Anna Rothkirch observe qu'une seule mesure montre une corrélation prouvée avec une hausse de la natalité : la garde des enfants.
Une passivité qui interroge
De nombreux pays européens encouragent la famille. La Suisse reste remarquablement passive. Le dogme libéral y prévaut : les enfants relèvent du privé. Les débats publics, comme lors du récent référendum sur le seuil des 10 millions d'habitants, tournent autour de la migration et des difficultés de croissance démographique. Laura Bernardi est claire : le potentiel d'amélioration est considérable, surtout sur la garde d'enfants et la conciliation des temps de vie.
Si la Suisse veut changer la donne, elle doit repenser radicalement sa position. "Les enfants doivent être considérés comme un bien public, car la prospérité et la croissance économique dépendent d'un taux adéquat de renouvellement générationnel", affirme la professeure. Sans réaction, les familles avec un seul enfant ou sans enfant deviendront la norme. La Suisse se retrouverait alors dans la même situation que la Corée du Sud.


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